La finance verte gagne du terrain en France

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La finance verte qui fête ses 10 ans aujourd’hui attire toujours plus d’acteurs, des entreprises aux États, souhaitant s’approprier cet outil majeur de financement du climat.

Près de dix ans après les premières opérations vertes réalisées en 2008 par la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement, le succès des emprunts destinés à financer les investissements en faveur de la transition écologique ne dément pas. En effet, la croissance du marché atteint près de 80% annuellement, selon les chiffres dévoilés par S&P Global Ratings qui prévoit une croissance moyenne de 30% pour 2018.

Les fonds verts bondissent en Europe

Entre 2016 et 2017, les fonds verts européens ont augmenté de 49% atteignant 32,2 milliards d’euros contre 22 milliards d’euros il y a un an, comme l’indique la dernière étude de Novethic sur le « Marché des fonds verts européens 2018 ». Ainsi, sur les 10,2 milliards de hausse des fonds, plus de 7 milliards proviennent de la collecte de l’année 2017 et 3 milliards de la performance des fonds. L’étude montre que les sujets liés à l’eau et à l’Environnement regroupent les plus importants encours (11,3 et 10,6 milliards d’euros).

La France (33%) et la Suisse (30%) représentent près de deux tiers de l’ensemble du marché. Pictet arrive en première position du TOP 10 de la gestion environnementale talonnée par BNP Paribas AM qui réunit 10 fonds pour 5,2 milliards d’euros. Si les fonds gérés en France bénéficient d’un intérêt croissant, le poids de la finance verte reste encore modeste.

Croissance verte

La finance verte peut-elle vraiment aider la planète ?

Sous la pression de la réglementation, les investisseurs institutionnels, assureurs, fonds de pension et institutions de retraite ont commencé à réduire l’empreinte carbone de leur portefeuille en vendant des actifs particulièrement nocifs pour l’environnement. Les banques accélèrent quant à elles les financements des projets verts, notamment via les « green bonds ». Pour rappel, les « green bonds » correspondent à une émission obligataire lancée par une collectivité ou une entreprise afin de financer un projet ou une activité contribuant à la transition énergétique. Ces obligations vertes permettent surtout à leurs émetteurs de démontrer leur engagement écologique tout en diversifiant leurs sources de financement. Si le concept peut séduire, son cadre réglementaire reste encore flou.

Les critères flous entourant la finance verte risquent de réduire la frontière avec des titres financiers plus dangereux et adossés à la nature. En effet, il existe aujourd’hui des obligations qui donnent des droits sur les revenus futurs d’une forêt alors que d’autres produits financiers parient sur les futures catastrophes naturelles. À l’avenir, ces outils pourraient être utilisés pour tout et n’importe quoi. Certains acteurs ont déjà tenté d’acheter des glaciers en Islande et d’autres de mettre en place des marchés de trading des permis d’eau en Australie. Les frontières de la finance verte méritent ainsi d’être mieux définies.

Finance verte

Le président de l’ACPR appelle à créer des normes communes sur les green bonds

Le gouverneur de la Banque de France et président de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) a récemment salué le plan d’action pour la finance verte de la Commission européenne. Il encourage par ailleurs les États européens « y compris le Royaume-Uni », à se doter de « normes communes » sur les « green bonds » ou obligations vertes. Ces fonds complètent les nombreuses solutions de trading en ligne existantes.

François Villeroy de Galhau suggère donc de pénaliser les investisseurs exposés aux industries polluantes ou à forte intensité en carbone. Le gouverneur fixe finalement deux priorités : l’identification, la publication des expositions aux risques existants dans le secteur financier et le développement de « tests prospectifs de résistance au changement climatique » (« carbon stress tests ») pour les assurances et les banques. Le Réseau des superviseurs et des banques centrales pour le verdissement du système financier présidé par Frank Elderson publiera un premier rapport en avril 2019.

Ainsi, la finance verte qui n’est pourtant pas nouvelle, est encore en pleine démocratisation. Si les chiffres sont encourageants, ils restent encore insuffisants. Lors de la COP23, l’UNEP-FI (United Nations Environment Programme – Finance Initiative) a estimé à 1 500 milliards de dollars les besoins de financement pour l’environnement à travers le monde.


Pour aller plus loin: le forum sur l’économie, la croissance et la finance verte

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