Sortir du nucléaire: possibilités technologiques et blocages économiques

Article synthétique de Laurent Minguet, auteur du blog Nowfuture, comprenant de nombreux chiffres intéressants, montrant qu’une sortie progressive du nucléaire est possible grâce à des Turbines à gaz vapeur.

Application chiffrée à la Wallonie.

Les 2 freins principaux à la sortie du nucléaire sont de 2 ordres:

  • technologique: le manque de flexibilité et de réactivité de la puissance d’un réacteur nucléaire.
    Ceci impose de maintenir les consommations « élevées » dans une logique nucléaire…
  • économique: le bénéfice d’un réacteur est d’environ 250 Millions d’euros par an. Une centrale de 4 réacteurs rapporte donc grosso modo 1 milliard par an.
    Ceci donne une magnifique « force de frappe nucléaire économique »…

Nous avions également obtenu un chiffre similaire estimé sur la base d’une marge de 4 euro cents par kWh sur le réacteur de 880 MW de Fessenheim

Regardez votre tarif au kWh: cela laisse pas mal de « marge » d’erreur…

En savoir plus: débat sur la sortie du nucléaire ou visiter notre forum sur l’électricité nucléaire

La sortie du nucléaire pour les nuls
par Laurent Minguet

En attendant une fédération Wallonie-Bruxelles 100% alimentée à l’électricité renouvelable, il faudra passer par une phase transitoire reposant sur trois nouvelles centrales turbine-gaz-vapeur. Ces centrales TGV constituent le berceau idéal pour le développement des énergies renouvelables, car on peut facilement faire varier leur production selon les besoins réels. Ce qui n’est pas le cas du nucléaire, qui produit une même quantité d’électricité en continu, y compris la nuit quand la demande est très faible. Le principal frein à l’abandon de l’atome en Belgique n’est pas le coût des énergies renouvelables, c’est la force de frappe du lobby nucléaire. Il a notamment réussi à infiltrer EDORA, la fédération de l’électricité renouvelable, qui n’a jamais pris position sur le nucléaire, malgré Fukushima.

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Beaucoup de gens sont inquiets à propos de la sortie de la filière nucléaire en Belgique. L’enjeu est de taille: il s’agit de remplacer d’ici à 2025 la capacité de production des centrales nucléaires, soit 5.900 mégawatts (MW), dont une moitié se situe à Tihange.

En 2009, la Wallonie a produit un peu moins de 34 TWh ou milliards de kWh (1), dont 24 TWh à Tihange et 10 TWh non nucléaires. Etant donné que la Région wallonne ne consomme que 24 TWh par an (2), pour satisfaire notre consommation il faudrait donc substituer le nucléaire par une capacité de production de 14 TWh par an.

Une solution facile: 2 centrales TGV

En attendant une Wallonie alimentée 100% à l’électricité renouvelable, 14 TWh peuvent être produits par 1.800 MW de centrales turbine-gaz-vapeur (TGV) supplémentaires, fonctionnant un peu moins de 8.000 h par an (90% du temps). Un projet de 900 MW a déjà obtenu un permis à Visé. Il reste donc 14 ans pour réaliser un second projet du même acabit. Et cela peut aller très vite: entre la décision d’investir et la réalisation, il faut compter entre 3 et 4 ans.

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Quel sera le coût du MWh produit?

L’investissement de ces deux centrales ne s’élève qu’à un milliard d’euros, soit moins qu’une année de «rente nucléaire» (la part du bénéfice d’Electrabel découlant du fait que l’entreprise ne doit plus amortir ses centrales) estimée par le régulateur fédéral de l’énergie, la CREG, à quelque deux milliards. Le coût de cet investissement, financé à 5% sur 20 ans, est de 4€/MWh, auquel il faut ajouter 3€/MWh de frais opérationnels (3).

Aujourd’hui, le prix du gaz pour un gros consommateur est d’environ 28€/MWh. Avec une production aussi régulière qu’une centrale nucléaire, une centrale TGV peut atteindre un rendement de 58%. Le coût de l’électricité serait donc d’environ 55€/MWh (un peu moins du double du prix du gaz), soit trois fois moins que ce qui est facturé au consommateur résidentiel.

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Personne ne peut prédire avec certitude ce que sera le prix du gaz dans le futur mais pour donner des ordres de grandeurs, le prix au terminal de Zeebruge (year ahead) à évolué entre 12€ et 22€/MWh en 2009 (4). Le prix du marché free on board (hors transport) est d’environ 10€/MWh (4$­­­­­­­/MBTU).

(…)

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