Ahmed a écrit :Peut-être que si l'on ne parle pas d'anthropotechnique, c'est que ce n'est pas le sujet?![]()
Oui, je me suis pris un peu les pieds dans le tapis, mais finalement pas tant que ça puisque tu dis que la guerre en est l’exacerbation “paroxystique”? Par ailleurs, combien de “vrais” journalistes seraient capable de faire un papier intelligent là-dessus?
En principe, ce devrait être un conflit mineur, mais si on te comprend bien entre les lignes, ça ne l’est pas...Ahmed a écrit :Je pense que l'on peut commencer à y voir un peu clair si l'on raisonne sur deux plans successifs. D'abord sur celui de la géostratégie. C'est un outil assez limité, qui ne peut répondre qu'à certaines questions et dont l'usage est certainement abusif actuellement, mais qui convient pour une première approche grossière. Il se produit un basculement du centre de la puissance, de l'Europe (au sens large) vers la zone Pacifique. Or, il est une règle qui veut que les conflits mineurs se déroulent à la périphérie: c'est ce qu'avait bien illustré la longue suite des conflits armés de la guerre froide. Passer en zone périphérique nous vaut de subir ce genre de désagrément (sic).
N’est-ce pas un grand écart pour couper court à la réflexion sur cette problématique — de déplacement du centre de gravité géopolitique vers l’Est — ou une façon élégante pour nous le faire comprendre sans avoir besoin d’aller plonger dans une complexification dont il serait difficile de sortir indemne. Enfin c’est ce que j’essaye de comprendre en “pensant pas moi-même” (paraît que depuis Kant: “on ne pourrait plus”?)Ahmed a écrit : Ceci n'explique cependant pas le fond du problème, même s'il présente l'avantage inestimable de permettre de gloser à l'infini sur toutes les mirifiques facettes des politiques étrangères de chacune des parties prenantes...
S’agissant d’aller jusqu’au bout des possibilités, ce que voulaient les Russes de l’U.E., était plutôt le rapprochement que le conflit, ils avaient préalablement largement œuvré dans cette direction, depuis des dizaines d’années, avec régulièrement des bâtons dans les roues... Question géostratégique, il était donc assez habile (mais hideux et insoutenable) de forcer l’achèvement des possibles vers la guerre (qui ne remettra qu’à plus tard un rapprochement, quand l’hypocrisie de stigmatisation bipolaire, nous aura éloignés de la guerre...) entre voisins ne sommes-nous pas condamnés à nous entendre selon Méheust?Ahmed a écrit :L'autre plan est plus complexe (je vous aurais prévenus, ne venez pas vous plaindre!). D'une part, tout système va toujours au bout de ses possibilités, comme se plaisait à l'écrire Bertrand Méheust, mais il arrive fatalement un moment où les circonstances qui le rendait opérationnel disparaissent, soit spontanément, soit dans le cas qui nous intéresse parce qu'il a lui-même provoqué ce changement du simple fait de son développement.
C’est ce dernier point que je voyais en voie de se concrétiser depuis dix ans... En pensant peut-être un peu naïvement que les choses finiraient par s’arranger, mais c’était sans compter sur le “jusqu’au-boutisme” des parties en présence. Et plus particulièrement de la part de l’Occident, puisque selon le narratif propagandiste Occidental (“nous sommes dans le droit chemin en tant que démocratie, bien plus en avance que les dictatures, et bien plus responsables de l’aboutissement des choses”) ...et donc si l’on en croit ce discours, s’étaient bien les Occidentaux qui devaient voir venir, donner des garanties à la Russie, pour lui donner le temps de parvenir à une maturité plus élevée dans sa quête de mûrissement propre d’état démocratique. C’est diamétralement l’inverse qu’il s’est produit...Ahmed a écrit :L’arrosage de liquidités substitutives avait permis depuis longtemps (et de plus en plus) de simuler le fonctionnement d’une partie du mécanisme « normal » de production de valeur abstraite qui est grippé , mais la menace du "peak All" limite la stratégie usuelle de la fuite en avant et la rend caduque. L'économie ne peut se résumer à une simple rivalité entre concurrents, ce serait une vision par trop limitée: il s'agit en fait d'une guerre contre le vivant (au sens le plus large, donc y compris envers les humains). Il faut admettre que les bienfaits parfois bien ambigus de la technologie ne sont appréciables que parce que leurs côtés négatifs sont soigneusement externalisés (ce qui favorise d’ailleurs la conflictualité).
Si l’on consent, par une gymnastique peu habituelle de l’esprit, à considérer que toute dépense d’énergie recèle une violence potentielle, alors on comprendra que la guerre n’est qu’une forme paroxystique de l’économie et qu’elle trouve pleinement sa place lorsque l’économie usuelle se trouve en situation de blocage : ainsi en est-il de la tectonique qui peut souvent libérer sa puissance par des glissements assez continus de faible ampleur, mais qu’en présence d’obstacles, elle accumule des tensions qui se libèrent soudainement et très brutalement.
La transposition, celle qui fait débat et qui est clivante jusqu’ici même dans ce forum, est l’inversion paradoxale des rôles entre la droite et la gauche! Les premiers s’étant improvisés contraints forcés de devenir les garants de certaines valeurs des seconds, que ceux-ci on trahis après avoir été aguichés par une sorte de “libéralisme social” un peu calqué sur le modèle germanique, mais en laissant la porte grande ouverte au libéralisme économique et financier, et à la spéculation de tout crin (après avoir laissé entrer les loups dans la bergerie!)Ahmed a écrit : Le tropisme actuel vers les régimes « forts » et très à droite (sous une forme ouverte ou de façon plus hypocrite) qui se trouvent soudain banalisés et légitimés n’est que la transposition au politique de ce nouvel état des choses. J’avais d’ailleurs décris depuis longtemps cette évolution facilement prévisible. Une autre manifestation en est l'enthousiasme suscité par les programmes des diverses nations pour le réarmement, je n'y insisterais pas.
Cela a créé de l’émoi dans un forum “plutôt de gauche” qui s’est retrouvé accusé (à tort) d’être passé vers l’autre extrême. Ce qui me semble totalement infondé au vu de ce qui précède... Et ça semble un peu laisser tout le monde sur sa faim, certains ayant perdus le nord... (période troublée qui allait arriver, tout comme je l’avais annoncé à Remundo en tout début d’année)!

