Ravi de ces échanges qui font sortir ce fil de son coté "monologue"... Ravi que ces échanges soient respectueux...
Je vais donc donner mon avis :
a) si on prend "naturel" au sens de "sans perturbations par l'homme" [donc dans une vision où l'homme ne fait pas partie de la nature - avec sa chimie, ses machines à énergie fossile ou nucléaire, avec son coté "superprédateur" extrêmement destructeur... ce n'est pas si faux], seule la friche est naturelle...
Les prairies, dès qu'on cesse de les exploiter (faucher, paturer...), vont s'embroussailler, et partir en friche puis en forêt...
Mon jardin c'est la même chose...
Plus subtil : la forêt que j'ai photographiée est une "futaie jardinée". Pour beaucoup, c'est l'image même de "la nature". Or, c'est un
mode d'exploitation géré par l'ONF, labellisé durable, dans lequel le forestier sélectionne les espèces "adaptées" et "intéressantes" (à valeur commerciale). Ici hêtres et chênes. Les chênes viennent d'être exploités à l'endroit photographié (il reste quelques semenciers). Les hêtres le sont par vagues tous les 10 ans environ. Les futs partent au sciage (les allemands et danois aiment les meubles clairs en hêtre). Branches, futs noueux ou tordus, sont valorisés en bois de chauffage. Le forestier maintient tout au long une densité telle que les arbres "cherchent la lumière" vers le haut. Il n'y a pas de branches latérales. On obtient donc des futs sans noeuds, sans ramifications [sur la photo, on est en bord de forêt ; là, évidemment, il y a des branches]... Au fur et à mesure de leur croissance, la densité d'arbres est réduite, par des coupes dites d'éclaircissage, où on élimine ceux qui ne conviennent pas : autres espèces "sans valeur", arbres chétifs ou tordus ou fourchus ou malades, etc...
Bien que jamais fertilisée ou traitée, cette forêt est une pure création de l'homme, en un cycle de 100 ou 150 ans !. Elle est beaucoup trop "bi-spécifique" pour avoir une forte résilience vis-à-vis d'une "attaque"...
A l'évidence, ces "systèmes" ne sont pas "en équilibre". Sans les actions de l'homme, ils ne se reproduisent, ni se créent, ni même restent tels quels.
Voilà pourquoi dans une discussion un peu enflammée avec un forumeur, plus haut, j'avais dit de mon jardin que c'est un espace "anthropisé", donc qu'il ne peut pas être en équlibre "naturel".
Et que par conséquent c'est une vaine croyance que de penser qu'il n'y a qu'à y laisser faire la nature, tout va s'équilibrer, tout va "guérir" tout seul... Naturellement. Et par miracle ?
Je ne partage pas cette croyance. Fort répandue. Déjà une culture "bio", qui est pourtant sacrément "déséquilibrée" par rapport à un système naturel, est vue par certains comme un "milieu stable"...
Bien sûr, cette forêt jardinée est plus "stable", plus naturelle qu'un champs de blé conventionnel en Beauce. Ou même qu'un champs de blé "bio"...
Mon jardin est infiniment plus "stable" que ces deux exemples cités. Ou même qu'un jardin "bio" classique (avec engrais certifiés "bio", avec traitements certifiés "bio"), travail du sol, etc...). Il n'en reste pas qu'il est en déséquilibre et que la "nature a tendance à reprendre ses droits".
Il s'agit donc bien de voir les nuances de gris. Sans voir blanc comme neige dans ce qui n'est qu'un gris clair ! Mais vous conaissez ma litote !!!
b) Plus pernicieuse, la question sur l'équilibre.
Aucun de ces milieux n'est "en équilibre" !
On vient de le voir pour les prairies, mon jardin et même la forêt donc.
La friche ne l'est pas non plus [même si on fait abstraction de la coupe faite par les agents de l'électricité !] : elle est bien trop jeune. Après les herbes, il y a très vite eu des ronces. Puis se sont installés des "arbres pionniers". La route faisant un peu barrage, il y a un milieu un peu humide. Donc il y a là pas mal de saules, d'aulnes. Quelques bouleaux. Tout cela en 15 ans !!!
Et on peut voir encore un fruitier (pommier) qui survit encore, produit encore même [milieu haut de la photo ci-dessous], avant sans doute de finir dépassé et "écrasé" par les autres arbres dans quelques années...
Ce n'est donc pas la forêt "climax" évoquée par certains. On en est même loin...
Bien sûr, le sligneux vont évoluer moins vite. Donc la dérive vers un milieu naturel, à l'oeil, va se ralentir. Mais se poursuivre sans doute pendant des siècles !
Si demain la route est refaite correctement, avec recueillement des eaux et des buses pour ne pas faire un "mini-barrage", les saules et aulnes ne seront plus du tout dans leur milieu favorable... Ils vont se faire doubler par les bouleaux et sans doute les acacias !
Donc cette friche est un milieu naturel en cours d'évolution... Encore rapide pour l'instant. Qui va se ralentir... On va tendre "tangentiellement" vers la forêt-climax. En quelques siècles.
Et je fais là abstraction des cycles géologiques, à une échelle qui échappent à la perception de l'homme. Simplino a aussi raison en affirmant que, à cette échelle des ères géologiques, rien de tout ça, de toute façon n'est en équilibre !
Et on peut alors faire un clin d'oeil à la COP21 : avec l'accélération du réchauffement, pour la première fois, l'homme a fait que ces déséquilibres "géologiques", désormais anthropisés, deviennent perceptibles à l'homme. Je pense que mes enfants verront évoluer le milieu que j'ai photographié, sous l'effet de réchauffement.
Cette évolution va devenir plus rapide que l'évolution "naturelle" de ma firche vers la forêt. En somme, très rapidement, l'évolution qu'imposera le réchuaffement deviendra supérieure aux "ajustements" que ferait cette friche pour aller vers une forêt-climax.
Mais j'avoue que quand j'ai posé ma question, j'étais dans l'action de l'homme (comment jardiner ?), donc dans les cycles très courts ? Et je ne pensais pas du tout au réchauffement climatique !
Pour fêter la COP21, je pourrais peut-être développé comment un "jardin du paresseux" est, de fait, probablement, un puit de carbone ???