Message non lupar Did67 » 06/11/15, 10:27
"Les feuilles mortes se ramassent à la pelle..."
Excellente question. Parfaitement de saison.
Je pensais en avoir parlé, mais je me rends compte que c'était sur un autre forum.
Je n'ai pas beaucoup de "données scientifiques", mais l'agronomie, c'est souvent aussi un peu de bon sens !
Alors allons-y, avec un peu de bon sens partagé !
Que ramassons-nous, à l'appel du jardinier "plus que bio" ???
- une feuille verte, comme de l'herbe, est une substance organique assez riche en azote et en eau...
[pour comprendre, il faut partir du fait qu'une cellule "active", qui synthétise des glucides, des protides, bref, qui "fonctionne", etc... est forcément assez riche en protéines, même si elle contient bien évidemment aussi des glucides - de structure - et assez riche en eau ; la vie est née dans l'eau et 2 milliards d'années plus tard, elle est toujours basée sur ce schéma initial !]
On pourrait dire que les feuilles vertes, c'est "l'herbe verte" de l'arbre, perchée au bout des branches...
- cependant, la feuille a aussi des nervures, donc des "tissus de structure", constitués de cellulose (comme une tige de graminée - une future paille donc, voire d'un peu de lignine (constituant du bois) [si tu laisses se décomposer une feuille, il n'est pas rare de retrouve une fine dentelle constituée de ces nervures après 1 an]
Les feuilles vertes sont donc un peu plus dures qu'un "tendre gazon"...
- à l'automne, quand la photopériode se modifie, quand le froid s'installe, l'activité de la feuille diminue, puis cesse ; l'arbre prépare l'hiver ; la partie "active", bien trop fragile pour passer l'hiver, est sacrifiée ; elle sera reconstruite ! La structure (tronc/branches, faite de matériaux solides - la lignine, protégée par un matériaux presqu'inaltérable - l'écorce), capable de passer l'hiver, est conservée - trop difficile à reconstruire chaque année ! Les substances utiles sont transformées, évacuées, stockées dans les branches, les troncs [la nature est bien organisée quand même !] ; plus exactement, dans le bois vivant (aubier) [celui que nous retrouveront quand nous parlerons BRF]. Petit à petit, on évolue vers quelque chose qui s'apparente à une paille au niveau des feuilles ! [la paille est un organe structurel de la céréale, chargé de "porter" l’épi, qui renferme les éléments nutritifs, vers le haut, pour la dissémination ; c'est donc essentiellement de la cellulose - les fameuses fibres !]
Donc, en somme, les feuilles vertes sont une biomasse assez riche en azote, riches en substances organiques "fermentescibles", un peu comme de l'herbe.
Et les feuilles mortes sont une biomasse plus pauvre en azote, plus pauvre en substances organiques de fonctionnement ; celles qui sont fermentescibles ; c'est une biomasse essentiellement cellulosique, voisine de la paille.
Ce n'est pas du BRF, essentiellement ligneux.
Pour les feuilles, en quelques semaines, on passe donc d'une biomasse vivante, fermentescible, type "gazon" à une biomasse inerte, cellulosique, type paille, avec déjà une petite instillation de lignine - nervures !
Voilà pour le "bon sens". C'est donc ce que je pense...
Donc on est avec un produit plutôt "lent", plutôt "champignon" que "bactéries".
C'est un produit déficitaire en azote, dont la décomposition va en emprunter au sol. Il faut s'attendre à un léger "effet dépressif" sur les cultures dans la saison qui suit... [toujours lire "emprunter" : cet azote ne disparait pas ; il est "ré-organisé" = il redevient organique = il est incorporé dans la matière organique vivante du sol - les bactéries ; il sera libéré lorsque ces être vivants vont mourir et seront décomposés à leur tour]
Il va de soi que ces feuilles, même vidées de substances organiques utiles à la plante, sont toujours constituées d'éléments minéraux, que l'arbre a prélevé en des endroits souvent inaccessibles aux légumes.
L'arbre est donc une "pompe à minéraux". Minéraux qu'il répartit en surface dans les feuilles. Ou qu'on peut répandre en surface quand il s'agit de cendres (ce qui reste après combustion du bois). On retrouve là la tactique de 1360.
[NB : ce rôle de l'arbre conduit à ce qu'on appelle "agroforesterie" ; les curieux que cela intéresse peuvent lire un peu des articles sur les parcs à "Faidherbia albida" au Burkina Faso, notamment (Faidherbia est le "nouveau" nom de l'acacia - donc on peut aussi chercher sous "Acacia albida")]
Conclusions :
a) les feuilles mortes apportent des éléments minéraux, donc "fertilisent" le sol (à moyen terme) ; elles font "rentrer" de la richesse dans la "boite-jardin" ; la fertilité augmente.
b) leur décomposition peut engendrer un léger effet dépressif la saison qui suit, par "emprunt" d'azote au sol ; elle va "activer" certains être vivants du sol (d'abord les "gros tritureurs" genre collemboles) qu'elles nourrissent...
c) c'est une couverture du sol très utile, perméable à l'air (même si elles ont tendance à s'envoler ; NB : on peut les "piéger" avec un bête filet anti-oiseaux !) ; elles protègent la structure du sol ; en couche épaisse, elles bloquent le développement des adventices
d) la décomposition sera plutôt du type "champignon" ; donc on devrait y implanter des plantes à "tendance forêt"/mycorhizes...
e) en couche épaisse, elles ne seront pas favorables au semis sans travail ; donc j'oriente plutôt vers plants / arbustes
; pour les zones destinées aux semis, je continue avec le foin. Un autre usage peut être de pailler des légumes (notamment des racines) qui passent l'hiver dehors : poireaux, choux de Bruxelles. [Et bien sûr, hors potager, les massifs de vivaces ou d'arbustes - même si ce n'est pas le sujet]
Il se trouve que j'ai réussi à convaincre le voisin de ne pas enfumer le quartier en brulant les feuilles mortes qu'il était en train de ramasser ; il m'en a fait des grands tas sur des bâches, que j'ai commencé à "traîner" vers mon jardin.
J'en ai fait deux usages pour l'instant :
a) éparpillées par-dessus la zone de prairie où j'avais commencé à répandre les tontes de gazon et où j'avais installé mes cucurbitacées cette année ; la décomposition des feuilles devrait alors capter l'excès d'azote que la décomposition du gazon a pu relâcher et qui pourrait avoir la mauvise idée de s'échapper ("lessivage").
b) j'ai réalisé une bande directement sur un coin de prairie que je veux conquérir ; y est prévue l'installation d'une nouvelle zone de framboisiers...
Cela m'amène à faire une mise au point : si je me base sur le foin comme "base" de ma méthode, je trouverais criminel tout "brulis" de biomasse...
Elles sont parfois moins "idéales", ou "moins meilleur compromis" que le foin.
Il reste que c'est de l'énergie pour des êtres vivants du sol.
Il reste qu'elles apportent toutes des éléments nutritifs utiles aux plantes (puisque c'est elles-mêmes des plantes). Souvent sous une forme bien plus équilibrées que les engrais (même "bios"). Ce sont donc des apports très utiles dans ma "boite-jardin".
Et souvent, avec un peu de bon sens, on peut corriger leur principal défaut : ici, l'effet dépressif possible se corrige par des apports de matières organiques riches, voire par un peu d'engrais azoté, de préférence organique et bio. Et bien sûr, penser à ce qu'on va installer dedans : l'effet "contrôle des adventices" risque de diminuer trop vite la saison prochaine pour pouvoir se passer de binage... A moins de doubler par une couche de foin ? Ou des toiles opaques ?
Voilà rapidement. Enfin, rapidement, façon de parler !!!
PS : Parmi ces feuilles du voisin, il y a énormément de feuilles de noyers ; celles-ci sont réputées "imputrescibles" ; elles renferment en effet une substances un peu toxique pour les végétaux : la juglandine ; mon "bons sens" me dit que je n'ai jamais vu 1 m de feuilles de noyers s'accumuler sous un noyer, donc cet effet doit se dissiper plus ou moins vite ; j'ai donc fait une planche avec. Et on verra bien. Je crois que la juglandine est un anti-germinatif, cela devrait même m'arranger ! [Je pense avoir démontré ici qu'il ne faut pas toujours croire "ce que tout le monde dit ou écrit" - il y a de belles âneries]
0 x