Economie et finance, durabilité, croissance, PIB, fiscalités écologiquesBruno Latour: l'économie actuelle mènera le Monde à sa perte...et il a raison!

Economie actuelle et développement durable sont-ils compatibles? PIB, croissance (à tout prix), développement économique, inflation...Comment concillier l'économie actuelle avec l'environnement et le développement durable.
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Christophe
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Bruno Latour: l'économie actuelle mènera le Monde à sa perte...et il a raison!

Message non lupar Christophe » 20/09/17, 20:05

CQFD?

Pour Bruno Latour, « le monde est peuplé de fous » et« il n’y aura pas de sortie du tunnel »

Dans « Face à Gaïa », le penseur iconoclaste Bruno Latour juge que l’Homme, aveuglé par sa folie, est devenu incapable de voir en face la réalité du monde. L’espoir, la dénégation, le dos rond, le fantasme démiurgique… rien n’empêchera l’inéluctable d’advenir.
Bruno Latour est incontestablement l’un des intellectuels français les plus célèbres et les plus connus à l’étranger. Les livres du sociologue, anthropologue, philosophe qu’il est depuis quarante ans sont tous traduits dans diverses langues. Il collectionne les prix et les médailles. Plusieurs universités prestigieuses l’ont fait Doctor honoris causa. Et les invitations à participer à des conférences pleuvent d’un peu partout dans le monde.
Les « huit conférences sur le nouveau régime climatique » qui composent Face à Gaïa reprennent pour l’essentiel six interventions de Latour faites — en anglais — à Edimbourg (Écosse) en 2014. Mais traduites, augmentées et enrichies par l’auteur, elles ont changé de statut jusqu’à devenir cet objet littéraire de près de quatre cents pages aussi déroutant que le fragment de peinture de Caspar David Friedrich qui orne la couverture de l’ouvrage.
Dire que la prose de Bruno Latour est de celles qui se laissent dompter facilement serait un mensonge. La lecture en est exigeante. En un mot, Latour se mérite. Chez lui, les mots, les idées, les concepts se croisent, se bousculent et se télescopent jusqu’à menacer de noyer le lecteur sous une abondance vertigineuse. Dans Gaïa, qui n’est pas la nature mais le symbole des phénomènes qui modifient le système Terre, il est question d’anthropocène (l’activité humaine a-t-elle accouché d’une ère géologique nouvelle ?), de religion, de conquête spatiale, de théologie, de Lamartine et de James Lovelock… Le brassage des idées est permanent.

Le monde, à ses yeux, est peuplé de fous

Intellectuel iconoclaste, penseur radical, brouillé avec une partie du monde intellectuel, Latour est une sorte de prophète de malheur, comme l’est dans un album des aventures de Tintin le professeur Philippilus (qu’il ne manque pas d’évoquer). Pour lui, le monde n’est pas en train de vivre une « crise écologique ». Ce serait trop simple. « Parler de “crise” serait encore une façon de se rassurer en se disant qu’“elle va passer” ; que la crise “sera bientôt derrière nous” ». Quant au mot « écologique », observe Latour, nous le mettons à toutes les sauces « pour se rassurer, pour se mettre à distance » et fermer les yeux.

Cela fait trente ou quarante ans, estime Latour, que l’Homme refuse de voir la réalité en face. C’est « avec un calme étonnant, et même une forme admirable de stoïcisme », héritée des religions, affirme-t-il, que nous avons accueilli les mauvaises nouvelles qui s’accumulaient. Nous sommes restés inertes de sorte que « ce qui aurait pu n’être qu’une crise passagère s’est transformé en une profonde altération de notre rapport au monde ». Et d’ajouter : « Il semble que nous soyons devenus ceux qui auraient pu agir (…) et qui n’ont rien fait ou si peu. » Quelques pages plus loin, le philosophe enfonce le clou : « Nous sommes bien, comme on dit, “dans un tunnel” sauf qu’on “n’en verra pas le bout”. En ces matières, l’espoir est mauvais conseiller puisque nous ne sommes pas dans une crise. Ça ne va pas “passer”. Il va falloir s’y faire. C’est définitif. »
Lorsqu’il parle d’une « profonde altération de notre rapport au monde », Bruno Latour pense en réalité « folie ». Le monde, à ses yeux, est peuplé de fous. Dans une catégorie de fous, peut-être les plus dangereux, il range ceux qui refusent de voir la réalité, qui disent qu’il faut « raison garder » et « vivre comme avant, sans trop se faire de souci ». À leur tête, bien sûr, l’actuel président des États-Unis, Donald Trump.
« Revenir sur l’idée de progrès »

Fous également ceux qui, peu nombreux mais actifs, sont convaincus que si la machine Terre est déréglée, c’est faute pour l’Homme de l’avoir contrôlée de près. Ceux-là prêchent pour « une domination totale sur une nature toujours conçue comme rétive et sauvage ». Dans les rangs de cette nouvelle Église, née du côté de la Silicon Valley, en Californie, figurent en bonne place les apôtres de la géo-ingénierie, les apprentis sorciers du climat et leurs fantasmes scientifiques…
Et puis, il y a les autres, « les plus fous, ceux qui ont l’air de croire qu’ils peuvent quand même faire quelque chose, qu’il n’est pas trop tard, que les règles de l’action collective, là aussi, vont sûrement fonctionner ; que l’on doit pouvoir agir rationnellement, en toute connaissance de cause, même devant des menaces aussi graves, en respectant le cadre des institutions existantes ».
L’auteur ne se reconnait dans aucune de ces catégories. Il se range parmi le peuple des esperados évoqués par l’écrivain Romain Gary : des marginaux, ermites, artistes, jardiniers… qui cherchent dans un isolement presque total un moyen de résister à l’angoisse. Mais, cabotin à ses heures, Latour précise que dans son cas le remède qu’il a trouvé pour se déprendre de son angoisse est de la communiquer à autrui.
À aucun de ces fous, le docteur Latour ne laisse espérer une guérison. Le mal est trop profond. Seule l’échéance, aux contours difficiles à discerner, peut être retardée pour peu que l’on accepte une sorte de parcours de soins qui consisterait à « revenir sur l’idée de progrès », à « rétrogresser », comme il le dit joliment.


Source: https://reporterre.net/Pour-Bruno-Latou ... -sortie-du
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Re: Bruno Latour: l'économie actuelle mènera le Monde à sa perte...et il a raison!

Message non lupar Christophe » 21/09/17, 21:28

La même information dans l'Humanité: https://www.humanite.fr/le-capitalisme- ... ete-641025

Alors que les études se succèdent pour démontrer la gravité et l’étendue des atteintes à l’environnement, peut-on faire confiance au capitalisme pour réparer ce qu’il a produit ? Non, répondent des scientifiques, militants environnementaux et eurodéputés réunis à Bruxelles par la Gauche Unitaire Européenne (1). Ils proposent d’autres alternatives.
Les mauvaises nouvelles sur le réchauffement climatique et la dégradation de l’environnement s’accumulent à un rythme alarmant depuis le début de l’été sous forme d’une avalanche d’études scientifiques qui aboutissent toutes au même diagnostic : si des mesures drastiques ne sont pas prises très vite à l’échelle mondiale, une partie de la planète risque de devenir invivable dans un délai assez bref. Certaines études concluent même qu’il est déjà trop tard pour redresser la barre.

Florilège non exhaustif de ces chroniques estivales d’une catastrophe planétaire annoncée :

- Dans la revue Nature, le climatologue français Jean Jouzel et un groupe de scientifiques, prévoient que si d’ici 3 ans les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas stabilisées, la planète passera dans un autre type climat aux conséquences « catastrophiques » : recrudescence des décès dus à la chaleur ( certaines régions de France connaitraient des températures supérieures à 50° ), des incendies, accroissement des réfugiés climatiques venant de régions particulièrement touchées comme la Corne de l’Afrique, le Moyen-Orient, le Pakistan ou l’Iran ( on compte déjà actuellement 65 millions de réfugiés climatiques sur la planète ), baisse des rendements agricoles, etc...

- Un rapport établi par plus de 500 scientifiques dans plus de 60 pays, (2) montre que 2016 aura été l’année de tous les records en matière de températures, d’émissions de gaz à effet de serre, de montée des océans et de terres soumises à la sécheresse.

- Selon le climatologue américain Michael Oppenheimer, avec le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris, les chances de réussir à le mettre en œuvre ne dépassent pas 10% ( d’autres chercheurs parlent de 5% de chances.)

- Selon une étude réalisées par les chercheurs du Massachusets Institut of Technology ( MIT ) et de l’Université Loyola Marymount, la chaleur risque de rendre l’Asie du Sud-Est invivable d’ici 2100.

- Une évaluation scientifique effectuée en avril dernier par l’Unesco conclut que si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites très rapidement, les 24 sites coralliens classés au patrimoine mondial auront disparu d’ici à 2100. C’est déjà le cas pour 20% d’entre eux.

- Début juillet, une étude menée par des chercheurs américains et mexicains (3) montre que les espèces de vertébrés reculent de manière massive sur terre, à un rythme inégalé depuis la disparition des dinosaures il y a plus de 60 millions d’années. Les chercheurs parlent de « sixième extinction de masse des animaux » et analysent les conséquences « catastrophiques » de cette « défaunation » aussi bien sur les écosystèmes que sur l’économie et la société en général.

- Selon article de la revue Science Advances, la fonte des glaces du Groenland, région qui se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète, va s’accélérer dans les prochaines années. Selon l’un des auteurs de cette étude, Bernd Kulessa ( Collège des sciences de l’université britannique de Swansea ), si les glaces devaient disparaître complètement, le niveau des océans monterait de 7 mètres.
Comme pour le confirmer, il y a quelques jours, un méthanier de 300 mètres battant pavillon du groupe Total, franchit le passage du Nord-Est habituellement obstrué par la banquise, sans l’aide d’un brise-glace. Ce rêve de relier l’Atlantique au Pacifique par le Détroit de Bering que caressaient depuis longtemps les pétroliers, mais aussi des états comme la Russie, est désormais une réalité.

- Pour couronner le tout, un institut de recherche international travaillant sur les données fournies par l’ONU (4), nous apprend que depuis la fin du mois de juillet, la planète vit « à crédit », c’est-à-dire que l’humanité a consommé en 7 mois, toutes les ressources que la terre peut produire en une année. Circonstance aggravante : cette date fatidique arrive désormais de plus en plus tôt.
En prime, toujours au chapitre de la consommation, une autre étude nous indique que si tous les habitants du monde voulaient vivre comme un Français, il faudrait trois planètes terre pour assurer leurs besoins.

Le capitalisme responsable

Si toutes ces études se recoupent et se complètent sur les constats, elles s’accordent également sur leurs causes : c’est bien le développement explosif de la production et l’exploitation sans limite des ressources de la planète depuis le début de « l’ère industrielle », qui est la cause de la catastrophe en cours. Le fait que la situation se soit dégradée à très grande vitesse au cours des dernières décennies en est une preuve supplémentaire. Cette accélération est liée directement au développement du capitalisme dans les pays émergents, et plus généralement à l’extension hégémonique de ce mode de production à l’ensemble de la planète. Rappelons que la Chine, premier pays émergent, est aussi le premier pays émetteur de gaz à effet de serre, juste devant les Etats-Unis, première puissance capitaliste mondiale. « La logique de la croissance va vers l’autodestruction du système, voilà ce qui se passe quand on confie la gestion des ressources de l’humanité à des privés », juge le député européen espagnol Xabier Benito ( GUE-GVN .)
C’est également l’avis de Daniel Tanuro qui rappelle que le but du système capitaliste étant de produire de la survaleur, il n’y a pas d’autre solution que de remplacer le travail vivant par du travail mort pour lutter contre la baisse du taux de profit, donc « d’accroître de plus en plus vite la masse des marchandises, ce qui amène à consommer de plus en plus de ressources et d’énergie. » Et l’écosocialiste le répète : « la croissance capitaliste est la cause de la crise écologique, dont le chômage massif permanent est l’autre aspect.» C’est pourquoi, pour Daniel Tanuro, il est indispensable de lier les combats sociaux et environnementaux.
Pas d’illusion non plus à se faire du côté du « capitalisme vert » promu notamment par l’Union européenne au niveau international. Pour Daniel Tanuro qui y a consacré un livre, « capitalisme vert est un oxymore. » Ce que l’on constate aujourd’hui dans les destructions qu’il opère partout sur la planète, c’est bien au contraire sa violence, dit Eleonera Forenza, qui explique par exemple comment le sud de l’Italie est ainsi devenu la décharge du Nord.

Quelles alternatives ?

Une fois reconnu que la voie préconisant la « modernisation » du capitalisme, son « verdissement », est une impasse ( de même que la promotion des valeurs « post-matérialistes » ou « post-classes » qui l’accompagnent ), il faut poser clairement, analyse l’historienne Stefania Barca, que « le capitalisme est le problème, » et pensez la politique a partir de cet axiome, dans des termes nouveaux par rapport à ceux du XXème siècle. « Où est-ce qu’on peut bloquer le capitalisme ? » devient une question politique centrale, explique Dorothée Haussermann, de Ende Gelände, un vaste collectif d’organisations environnementales et de groupes politiques qui concentre ses actions sur le blocage des mines de lignite et de charbon en Allemagne. « Le charbon fait partie du problème du réchauffement climatique, on doit en empêcher la production. Il faut commencer quelque part, c’est à nous de prendre les choses en mains, » explique Dorothée Haussermann.

En matière de changement climatique, ce n’est pas l’information qui nous manque, fait remarquer Rikard Warlenhus ( Left Party, Suède ), mais on a l’impression que changer les choses est au delà de nos possibilités. C’est, pour les raisons que l’on vient de voir, parce qu’au fond, remarque l’eurodéputé Ernest Cornelia ( GUE / Die Linke ), « imaginer la fin du capitalisme est impossible. » Pour lui, la question devient donc : « comment passer du stade actuel à l’étape suivante ? » Cette question est d’autant plus centrale que, comme l’explique Rikard Warlenhus, « les dossiers climatiques ont tendance à nous diviser. » Par exemple, explique Dorothée Häussermann, « le mouvement environnemental peut être conçu comme une menace à l’emploi.» C’est la raison pour laquelle une partie du mouvement syndical est converti au « capitalisme vert », bien qu’il soit évident que le chômage continue à augmenter, ou que de nombreux syndicats soutiennent les énergies fossiles. « Une difficulté à mettre sur le compte de 3 décennies de déclin du mouvement ouvrier », analyse l’historienne Stefana Barca, dont il faut être conscient qu’elle provoque des divisions. C’est pourquoi, ajoute-t-elle, il faut concevoir le combat pour l’environnement comme « une forme de lutte des classes au niveau planétaire entre forces du travail et capital. »

Constatant la vitalité des combats pour l’environnement menés partout dans le monde sous des formes et par des acteurs très différents, les intervenants insistent tous sur la nécessité de promouvoir des articulations entre tous ces mouvements et des acteurs institutionnels quand ils existent ( des villes, des régions, par exemple ), ou des syndicats, des partis, et ce, au niveau mondial. L’objectif est de se situer « à la même échelle d’action que notre adversaire », explique Rikard Warlenhus « parce que le capital dépasse la structure de l’Etat national. »

Le rôle crucial des femmes

De nombreux analystes soulignent également comme un point central, le rôle des femmes dans le combat écologique et social. Il ne s’agit pas de dire qu’il est bien que les femmes y participent à égalité avec les hommes ( l’égalité homme-femme est un leitmotiv consensuel de nos sociétés, en général jamais respecté ), mais bien de repérer l’apport spécifique, déterminant et innovateur des femmes, en tant que femmes, dans les nouvelles formes de combat. La députée italienne Eleonora Forenza ( GUE-GVN ) voit dans les mobilisations qui ont suivi la catastrophe de Seveso en juillet 1976, l’événement fondateur de cet éco-féminisme. « Ce sont les femmes qui ont joué un rôle essentiel en exigeant que soient menées des études médicales, car les femmes enceintes risquaient de donner naissance à des enfants malformés. Ce sont également elles qui ont lancé les premiers appels pour l’IVG en Italie. » ( L’IVG a été légalisé en 1978, mais il est toujours très difficile de la faire appliquer, ndlr.) Cet apport des femmes au combat écologique est également majeur pour Daniel Tanuro qui explique que « la place que le patriarcat donne aux femmes, leur procure une conscience particulière. » Il rappelle que 90% de la production vivrière dans les pays du Sud est assurée par des femmes, faisant d’elles le fer de lance de tous les combats actuels liés à l’agriculture, à la propriété de la terre, aux pollutions ou au climat.

(1) Colloque au Parlement européen, 27 mars 2017, Bruxelles publiées dans les Proceedings of the Natural Academy of Science ( PNAS )
(3) publié en juillet par l’Agence américaine océanique et atmosphérique ( NOAA ) et L’American Meteorological Society ( AMS ),
(4) Le Global Foodprint Network, Oakland ( Californie )
(5) Daniel Tanuro, « L’impossible capitalisme vert », La Découverte.
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Re: Bruno Latour: l'économie actuelle mènera le Monde à sa perte...et il a raison!

Message non lupar Ahmed » 21/09/17, 21:59

Comme je l'écris dans un autre fil, toutes les mesures, considérées isolément comme allant dans le bon sens, ne sont pas efficaces du fait qu'elles se déploient à l'intérieur d'un système qui ne peut que "persister dans son être": tout au contraire, elles servent à surmonter fictionnellement ses contradictions, à les rendre acceptables et donc, à faire perdurer son fonctionnement, au prix, bien entendu, d'une augmentation du niveau de ses contradictions réelles. Toute critique immanente (en se plaçant dans la logique systémique dominante) renforce ce qu'il prétend (ou croit) combattre.
Le titre est un peu trompeur; ce n'est pas l'économie actuelle qui est en cause, mais l'économie tout court. En effet, distinguer une économie "naturelle" qui ferait partie de l'essence humaine de l'économie "moderne" qui en serait une déviation, constitue un grave contresens ou un raccourci dangereux. En effet, entre les échanges qui apparaissent comme une donnée anthropologique évidente et ce que l'on entend habituellement par "économie", il n'y a pas une différence d'intensité, comme beaucoup voudraient y voir par un anachronisme rétrojectif, mais de nature. Les échanges anciens visaient à assurer la péréquation qualitative les ressources des divers membres de la société, ceux d'aujourd'hui à accumuler toujours plus de valeur abstraite. Ceci explique (par exemple) que la faim n'a jamais été vaincue et qu'elle recommence à croître: comment s'en étonner puisque cela n'a jamais constitué un objectif et qu'une des causes majeures de la malnutrition est justement l'obligation de se concentrer sur l'unique souci du profit.
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Re: Bruno Latour: l'économie actuelle mènera le Monde à sa perte...et il a raison!

Message non lupar sen-no-sen » 21/09/17, 22:50

Plutôt que de tirer une énième fois la sonnette d'alarme,peut être serait il plus intéressant de nous expliquer que l'écocide et ses dérivés(RCA,famines etc...) sont chose parfaitement normale au sein du processus historique actuel.
Nous ne polluons pas la planète nous la transformons, nuance.
La notion de pollution renvoi à l'idée d'erreur,la transformation quant à elle introduit la notion d'intentionnalité.
Hors le système tends naturellement à saturé l'ensemble des espaces,il est donc "logique" que la biosphère deviennent techno-sphère,simple principe évolutionniste.
La catastrophe écologique corresponds donc à une phase de mutation.

L'essentiel du discours actuel tends à nous convaincre que la catastrophe écologique pourra être combattu via de puissants moyens technologiques,mais en réalité la puissance de ses derniers ne sera qu'un moyen de plus pour garantir l'hégémonie du techno/économisme.
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Re: Bruno Latour: l'économie actuelle mènera le Monde à sa perte...et il a raison!

Message non lupar Ahmed » 21/09/17, 23:12

Bien sûr, le concept de "pollution" est exactement ce à quoi je me réfère dans d'autres posts actuels, c'est-à-dire, une phraséologie destinée à masquer la réalité; à faire passer pour des "erreurs" potentiellement rectifiables ce qui ne sont que des déterminismes auxquels il est impossible d'échapper, du moins tant que nous renoncerons à agir lucidement et que nous persisterons à faire l'économie d'une analyse approfondie des fondements de notre société.

L'essentiel du discours actuel tend à nous convaincre que la catastrophe écologique pourra être combattue via de puissants moyens technologiques, mais en réalité, la puissance de ces derniers ne sera qu'un moyen de plus pour garantir l'hégémonie du techno/économisme.

Cette phrase synthétise à merveille mes propos sur la transition énergétique dans le fil sur N. Hulot... 8)
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Re: Bruno Latour: l'économie actuelle mènera le Monde à sa perte...et il a raison!

Message non lupar Christophe » 21/09/17, 23:16

Et donc quelles seraient les alternatives d'après vous?

A part le suicide collectif de la race humaine, j'en vois guère... :cheesy:
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Re: Bruno Latour: l'économie actuelle mènera le Monde à sa perte...et il a raison!

Message non lupar Ahmed » 21/09/17, 23:22

À part le suicide collectif de la race humaine, j'en vois guère... :cheesy:

Quel manque d'imagination! :D
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Re: Bruno Latour: l'économie actuelle mènera le Monde à sa perte...et il a raison!

Message non lupar sen-no-sen » 21/09/17, 23:32

Christophe a écrit :Et donc quelles seraient les alternatives d'après vous?

A part le suicide collectif de la race humaine, j'en vois guère... :cheesy:


L'essentiel de la solution réside dans la compréhension des déterminismes à l’œuvre,cela renvoi à des notions assez ésotériques* j'en conviens mais qu'il est indispensable de maitriser sans quoi nous sommes condamné à disparaitre dans tout les cas**.

Ce n'est uniquement ce point franchis que le renfort de la technique pourra rentrer en jeux,je parle bien de techniques plutôt que de technologie.


*La thermo-bio-sociologie,la mémétique et plus généralement le naturalisme.
**Dans le pire des cas nous disparaitrons en raison d'une épidémie mondiale causé par des bio-terroristes ou par une dégradation considérable de la biosphère...
Dans le meilleur des cas notre espèces disparait suite à sa fusion à la technologie(transhumanisme),il n'y a donc pas d'échappatoire...
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Re: Bruno Latour: l'économie actuelle mènera le Monde à sa perte...et il a raison!

Message non lupar Christophe » 21/09/17, 23:39

Ahmed a écrit :Quel manque d'imagination! :D


Pas vraiment j'ai juste fait quelques raccourcis puisque sen-no-sen arrive in fine à la même conclusion :cheesy:
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Re: Bruno Latour: l'économie actuelle mènera le Monde à sa perte...et il a raison!

Message non lupar Ahmed » 22/09/17, 12:22

L'impasse devant laquelle nous nous trouvons résulte moins d'un épuisement des ressources* que de l'accumulation des contradictions internes au système, à son impossibilité à persister dans son être, à notre aveuglement à le vouloir et à notre incapacité à faire preuve d'imagination pour en sortir.

La seconde option proposée par Sen-no-sen et fort bien décrite par Exnihiloest, la dissolution de l'humain dans la machine n'est envisageable que si l'économisme parvient à s'effacer "en douceur" au profit d'un paradigme purement technicien, ce que je considère comme loin d'être gagné (même si ce mot me semble plutôt très ironique dans ce contexte!).

* Cf: https://www.econologie.com/limites-physiques-croissance-pertinentes/
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