https://www.lecanardenchaine.fr/environ ... -pollutionRésidus toxiques dans l'eau - Une pollution ? Quelle pollution ?
La commune de Sermaise, dans l'Essonne, souffre encore aujourd'hui de l'implantation en 1952 d'un site de retraitement de solvants industriels. Des milliers de fûts de résidus toxiques ont été enterrés sur place et les dépollutions sont restées inachevées. Orbia, un collectif de riverains, demande que le site soit réhabilité. Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition écologique, estime que le risque sanitaire ne le justifie pas.
Rien de mieux que la parole de la ministre de la Transition écologique pour tordre le cou à la rumeur : « Je souhaiterais affirmer que les accusations selon lesquelles Sermaise serait le village le plus pollué de France sont infondées et ne reflètent pas la réalité de la situation. » Voilà ce qu’a écrit, le 28 janvier, Agnès Pannier-Runacher à Magali Hautefeuille, la maire de cette ville de l’Essonne. Celle-ci se plaignait d’« une campagne de communication portant atteinte à l’image de la commune » de 1 600 habitants, située à 40 km au sud de Paris. Et pourtant…
A sa sortie a été créé, en 1952, un site de retraitement de solvants industriels. Lequel a généré quantité de résidus toxiques (benzène, toluène, xylène, métaux lourds, phénols…). Paul Gerber, le patron, les a stockés dans des milliers de fûts. Au début des années 70, la préfecture s’étant décidée à lui faire les gros yeux, il avait demandé à un transporteur d’aller en balancer 3 000 dans la Marne. Pincé, il avait écopé d’une peine de neuf mois d’emprisonnement, dont trois ferme. A partir de ce moment, il a tout enterré sur place. Plus pratique.
En 1983, un prélèvement est effectué sur le captage d’eau potable de Sermaise. Du tétrachlorométhane (cancérogène) en quantité dans les deux nappes phréatiques, désormais inutilisables.
Début 1990, les autorités demandent à l’entreprise de nettoyer le site. Elle est en liquidation judiciaire. Insolvable. C’est l’Etat qui casque. Le grand ménage commence en 1992. Il va durer sept ans. On évacue 2 408 fûts entreposés en surface. On en déterre 3 686 autres. On déblaie les terres polluées.
Le prix et l’odeur
Début 2000, on en trouve encore 2 150 sous terre. Ils y restent. La dépollution a déjà coûté 14 millions d’euros, ça suffit. Le site est clôturé. On plante des arbres. Les sols, les eaux souterraines et l’Orge – deux bras de cette rivière entourent le site – sont placés sous surveillance. Les riverains ont l’interdiction d’utiliser les eaux souterraines, d’accéder au site, de remanier les sols…
Vingt ans plus tard, les 2 150 fûts sont toujours là. « Leur extraction nécessiterait de détourner la rivière », explique la ministre dans son courrier. Cela coûterait « 100 millions d’euros HT ». Conclusion : « Un tel montant pour le traitement d’un site privé qui ne [présente] pas de risque sanitaire ne semble pas justifié. » Imparable…
La maire est d’accord : « Cette dépollution n’est pas une priorité pour les habitants de Sermaise. » Ça dépend lesquels. Les 150 riverains réunis dans le collectif Orbia ne sont pas de cet avis. Film documentaire, campagne de com’, ils se mobilisent pour que le site soit dépollué et réhabilité. Pascale Augiat, la coordinatrice : « On veut une expertise, un état des lieux actuel de la pollution, pour voir ce qui peut être mis en œuvre et à quel prix. Pour le moment, c’est mission impossible. »
Et la pollution continue : « Le 10 octobre, avec les grosses pluies, l’Orge a été deux fois en crue, inondant partiellement le site. » Résultat : « les mêmes odeurs d’hydrocarbures que durant l’exploitation » sont remontées aux narines de plusieurs riverains. Le collectif demande des analyses dans les limons de la rivière, car « rien n’a été fait depuis les années 2000 ». Réponse de la ministre : « Aucun débordement significatif n’a été constaté sur le site. » Et de la maire : « Nous n’avons pas ressenti de fortes odeurs d’hydrocarbures. » Suffit de se boucher le nez.
Et des exemples comme celui-ci, y'en a plein la France, sans parler des polluants chimiques non recensés parce que non recherchés dans les analyses.



