Cuicui a écrit : J'estime que José Bové, en fauchant les OGM ne fait que pallier les carences de la législation.
Je respecte ton point de vue mais je ne le partage pas.
Mon avis: ces actions illégales pourraient être justifiées dans une république bananière mais la France est un pays libre, démocratique. Il est possible d'exprimer ses idées dans la presse, à la radio, à la TV. Et de se présenter aux élections.
Cuicui a écrit :le libéralisme (qui est nécessaire à condition d'être suffisamment cadré
Entièrement d'accord là-dessus.
Cuicui a écrit :Son intervention ne vise que les excès du libéralisme inadmissibles qui mettent en danger la planète et ses habitants.
Ce combat là est à mon sens utile (mais se contenter de
viser ne sert à rien si on ne propose pas d'alternative sérieuse), la prise en compte des aspects sociaux et environnementaux est bien entendu impérative. Le marché est un fauve qui a une puissance formidable mais qui peut mener à un véritable carnage sur le plan social ou environnemental. Il convient donc de le dompter, de canaliser son énergie.
"Nous devons nous organiser collectivement pour que les hommes puissent agir et entreprendre avec le maximum de liberté, à l’intérieur des contraintes globales définies par les capacités des écosystèmes." (Alain Granjean). De même, il est impératif de domestiquer la technique sauvage (Hans Jonas).
Le problème avec certains mouvements d'hyper-gauche, c'est que l'on ne sait toujours pas s'ils acceptent ou pas l'économie de marché, c'est très confus. Michel Rocard a une analyse à mon sens intéressante de cette situation:
Michel Rocard. - (...) Cette crise, c'est l'occasion ou jamais de
remettre de l'ordre dans la confusion intellectuelle de la gauche française.
(...) La gauche française, elle, est encore empêtrée dans ses archaïsmes. On identifie traditionnellement la gauche en France selon trois critères. Le premier, c'est sa proximité avec le Parti communiste français. Or il est devenu caduc. Il n'y a plus, et c'est tant mieux, de projet stalinien. On a vécu pendant cinquante ans en se définissant par rapport au PCF.
Trop longtemps, la gauche ne s'est définie politiquement que par rapport aux autres sans vraiment dire ce qu'elle est, ce qui est quand même une souffrance (...)
Nouvel Obs -
Pourquoi l économie de marche est-elle un acquis fondamental ?
M. Rocard. - C'est parce qu'elle est garante de la liberté du travailleur - consommateur - citoyen de base et parce que le capitalisme a réussi à associer à l'idée de développement et de croissance la totalité de la population. Et parce que
l'Histoire a montré que la réponse collectiviste au capitalisme a été inefficace et vaincue partout. Marx a d'ailleurs fait l'éloge de l'efficacité révolutionnaire du capitalisme. Un rappel : un citoyen français sous la Révolution vivait à peu près comme un sujet de Louis XIV et pas beaucoup mieux qu'un citoyen romain ! Aujourd'hui, nous vivons 120 fois mieux que nos arrière-arrière-grands-parents. On travaillait 4 000 heures par an en 1820 ou 1830, à la naissance du capitalisme, soit 17 heures par jour, samedi compris, sans congés payés ni retraites. Nous en sommes dans la France actuelle à 1600 heures. C'est un progrès constant dû aux
conquêtes sociales à l'intérieur du système. Reste cependant le problème de l'instabilité de ce même système qui provoque des crises à répétition. La crise de 1929, qui a entraîné la Seconde Guerre mondiale, a été la plus grave.
Apres la guerre, il y eut un consensus pour
rationaliser les excès du capitalisme. On s'est appuyé en fait sur trois «correcteurs d'équilibre». Le premier basé sur les rapports de l'économiste britannique
William Beveridge qui a théorisé l'humanisation du capitalisme, particulièrement en 1944 dans son ouvrage «
le Plein-Emploi dans une société libre», par la protection sociale en y voyant un puissant facteur de stabilisation. Il voulait mettre l'efficacité du capitalisme au service de la lutte contre sa cruauté. Le deuxième est bien sûr
John Maynard Keynes, l'autre économiste britannique qui a théorisé l'usage des pouvoirs budgétaire et monétaire des Etats pour stabiliser les secousses du système. Troisième régulateur, historiquement le premier, et le vrai vainqueur de Marx, c'est
Henry Ford. Sa doctrine énoncée après la Première Guerre mondiale tient en une phrase : «
Je paie mes salariés pour qu'ils achètent mes voitures.» Donc, après la dernière guerre mondiale, tous s'accordent à défendre une politique de hauts salaires pour faire progresser la demande. Le résultat, ce sont les Trente Glorieuses. Trente ans d'un capitalisme à croissance régulière sans crises majeures. Trente ans de redistribution avec 5% de croissance par an et le plein-emploi. Pendant lesquelles la gauche proteste contre les guerres coloniales ou les atteintes aux droits de l'homme, faute de pouvoir contester le système économique. Il ne lui restait plus qu'un combat : critiquer la société de consommation !
(...)
Je bénis le temps où la droite mondiale est enfin capable d'accepter l'idée que les
sociaux-démocrates ont eu raison depuis plus de cinquante ans en demandant une
régulation européenne et mondiale de l'économie de marché ! Une droite mondiale qui a été complice de ce crime contre la pensée, en martelant ce dogme : l'économie peut fonctionner sans règles (...)
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/paruti ... crise.html
Cette analyse de Michel Rocard à propos des archaïsmes de l'hyper-gauche (hyper-gauche qui s'attaque au libéralisme soit, pour les uns, sans rien proposer de sérieux comme alternative, soit, pour les autres, en proposant le collectivisme comme alternative) et également à propos des dangers de l'ultra-libéralisme (les ultra-libéraux pronent un marché complètement sauvage, sans contraintes sociales et environnementales, et gagent sur une régulation du marché par lui-même, ce qui est à mon sens non réaliste et irresponsable car nous avons eu à plusieurs reprises la démonstration que le marché peut devenir fortement instable et nous avons aussi la démontration que la non prise en compte des contraintes environnementale conduit à une menace pour l'homme) est à mon avis excellente.
Dominique Strauss-Khan et Daniel Cohn-Bendit ont également une analyse à mon avis très pertinente à ce sujet.
La social-démocratie (
dans sa forme moderne) est à mon avis la meilleure voie à suivre. Et encore mieux, la social-éco-démocratie. C'est à dire une approche pronant une économie de marché (liberté d'entreprendre, libre-concurrence source de compétitivité et d'innovation), mais une économie de marché régulée-encadrée prenant en compte à la fois les aspects sociaux (dignité de l'homme) et environnementaux (préservation de notre capital naturel); commerce équitable etc.
En France,
Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn, Michel Rocard, Bertrand Delanoë,
Jacques Attali et
Jacques Delorssont des exemples de socio-démocrates.
En France, un grand parti social-démocrate, réunissant centre-gauche (aile libérale du PS) et centre-droit (Bayrou/LePage) manque cruellement.
Martine Aubry:
« Le communisme est mort il y a vingt ans, le néolibéralisme il y a deux mois, mais cela ne signifie pas que les gens se tourneront automatiquement vers nous, que notre heure est venue (...) Le projet européen commun est une condition de la renaissance
des sociaux-démocrates »
http://www.humanite.fr/2008-12-02_Polit ... pour-Aubry
Deux étapes à franchir pour l'émergence d'un grand parti social-démocrate en France:
- Que l'aile libérale du PS se libère de l'aile "socialiste révolutionnaire" qui joue au prophète de la fin du capitalisme mais qui ne propose aucune alternative.
- Fusion de cette aile libérale du PS et de l'aile libérale des Verts avec le Modem/Cap21.
Dans le contexte de la crise actuelle, l'échec de l'ultra-libéralisme et la radicalisation de l'hyper-gauche laissent un grand espace pour l'émergence, enfin, d'un grand mouvement social-démocrate en France, voie du juste milieu entre un capitalisme énergisant mais producteur d’inégalités et un socialisme révolutionnaire sans véritable projet, si ce n'est un collectivisme plus ou moins avoué et irrespectueux des libertés.
Il faut relancer l'appel des Gracques [groupe de réflexion comprenant d'anciens hauts fonctionnaires socialistes, des chercheurs etc.], qui, lors des élections présidentielles, appelaient à la fusion PS libéral-UDF-Verts libéraux...
Manifeste pour une gauche moderne(...) La gauche moderne est libérale, dans la tradition de Montesquieu ou de Spinoza (...) Poursuivre à toute force l’idéal de justice sociale ne signifie nullement qu’il faille refuser le réel, se mentir à soi-même et camper sur des postures qui menacent de devenir des impostures. Par exemple, il
ne suffit pas de dire que l’on accepte le marché – comment d’ailleurs pourrait-on faire autrement ? – si on le fait de manière résignée, honteuse et du même coup inefficace. La gauche doit dire clairement que l’économie de marché est une bonne chose même si les valeurs marchandes ne doivent pas tout envahir. Elle doit en comprendre la dynamique positive, celle qui permet de créer des richesses collectives et individuelles et de servir finalement la justice sociale. Il n’y a pas de contradiction entre l’économie de marché et les exigences de la redistribution. La justice sociale, c’est d’abord le refus des castes protégées et de la société des héritiers. Et c’est cela que permet la dynamique du marché, parce que, bien régulé, il est le moyen de remettre en cause les situations acquises, les privilèges et les rentes. La gauche moderne veut mettre de la redistribution partout où il y a du marché, et du marché régulé partout où il y a des rentes (...)
De même,
il faut cesser de voir dans l’entreprise un ennemi. La gauche doit être favorable aux entrepreneurs. Elle doit reconnaître l’entreprise comme source de richesses et aussi d’intégration sociale. Le goût du risque est facteur d’innovation et de croissance. Il faut le laisser se déployer pleinement pour créer la dynamique économique dont toute la société a besoin (...)
La gauche doit dire haut et fort que la mondialisation est un progrès C’est l’ouverture des échanges qui tire pour une large part la croissance mondiale. C’est elle qui a permis à des centaines de millions d’hommes et de femmes des pays en développement de sortir d’une misère honteuse pour l’humanité. (...)
http://www.lesgracques.fr/manifeste