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L'âge des Low-Tech - Philippe Bihouix

Publié : 10/09/14, 15:56
par Grandaddy
J'ai récemment entendu parler de ce livre récent, écrit par Philippe Bihouix, ingénieur qui semble spécialisé dans les ressources minérales et minières.
Quelqu'un ici l'a déjà lu ? Certains points abordés ont l'air intéressants, je vais peut-être me le procurer.
Quelques critiques trouvées sur le net qui ont attiré ma curiosité :

http://www.nonfiction.fr/article-7209-s ... t_top_.htm (lire aussi les deux commentaires en-dessous, il y a de nouveaux points de réflexion assez pertinents).

Un manifeste pour la sobriété heureuse à travers une analyse critique de la société technicienne.

Même les moins écolos d’entre nous s’accordent généralement pour reconnaître que « non, ça ne peut plus continuer comme ça », comme l’illustre par exemple le « Jour du dépassement » atteint il y a quelques jours (19 août 2014 : Date symbolique à laquelle la consommation globale excède les capacités de production de la planète). Dans ce contexte, Philippe Bihouix réussit le pari de repenser une nouvelle société à partir d’une utilisation plus raisonnée et moins gourmande des technologies, et ce sans tomber, du moins la plupart du temps, dans une technophobie primaire. Citant volontiers Barry Commoner, Matthew Crawford, Jacques Ellul ou Ivan Illich, dont il apparaît comme un disciple un peu turbulent, l’auteur dessine ainsi le profil technique d’une société conviviale et proprement décroissante.

Très pédagogique, l’ouvrage est divisé en quatre sections : un premier acte explique « comment on en est arrivé là » et pourquoi la solution à la crise environnementale n’est pas à chercher du côté de la technologie; un deuxième acte expose les principes de base des basses technologies, fondées avant tout sur une remise en cause des besoins ; un troisième détaille, secteur par secteur, à quoi ressemblerait la vie quotidienne au temps des basses technologies ; enfin un quatrième acte s’interroge sur la faisabilité de la transition.

Le premier quart de l’ouvrage n’apprendra pas grand-chose à ceux déjà familiers du sujet, hors quelques données anecdotiques à glaner. Pour les autres toutefois, l’ouvrage a le mérite de rappeler quelques fondamentaux. Ainsi sur la question énergétique (passer directement au paragraphe suivant pour les experts…), l’auteur, ingénieur de formation lui-même, explique très pédagogiquement l’importance de la prise en compte du rendement énergétique de chaque site, ou EROI (Energy Return On Energy Invested), c’est-à-dire de la quantité d’énergie nécessaire à la production d’énergie. Le problème n’est en effet pas qu’il n’y ait plus, dans un futur plus ou moins proche, de pétrole ou de gaz à extraire, comme les médias peuvent parfois le laisser penser, mais l’énergie nécessaire à l’extraction de ce pétrole ou de ce gaz. Pour donner les chiffres cités dans l’ouvrage, un champ onshore d’Arabie Saoudite a un rendement autour de 40 (un baril de pétrole nécessaire pour en produire 40) tandis qu’au Canada, les sables asphaltiques de l’Athabasca ne dépassent pas un rendement de 3, avec un input sous forme de gaz naturel. « En clair, on brûle du gaz pour produire deux à trois fois plus de pétrole. »
Une analyse similaire de la situation des métaux amène à l’idée non seulement d’un pic du pétrole ou d’une autre ressource, mais d’un « peak everything » : « Nous pourrions nous permettre des tensions sur l’une ou l’autre des ressources, énergie ou métaux. Mais le défi est que nous devons maintenant y faire face à peu près en même temps : plus d’énergie nécessaire pour les métaux moins concentrés, plus de métaux nécessaires pour une énergie moins accessible. »

Mais quid de l’innovation ? L’auteur tord le cou à ce qu’il appelle les « tartes à la crème high tech », comme la bioéconomie, les nanotechnologies ou la dématérialisation de l’information, qui sont loin d’être techniquement soutenables. Une bonne raison en est, par exemple pour les nanomatériaux, qu’il s’agit d’applications dispersives, c’est-à-dire utilisant d’infimes quantités de métaux certes, mais sans aucun espoir de recyclage, ce qui renvoie au problème initial de l’accès aux ressources primaires.

Notre société se trouverait ainsi dans une triple impasse, liée à la raréfaction des ressources, à l’explosion des polluants divers, à la consommation d’espace enfin – sur ce sujet, l’auteur avance le chiffre, proprement incroyable, de 1% de la superficie du territoire français artificialisé (un joli mot qui veut dire bien souvent une terre agricole ou une forêt qui devient une zone commerciale, un nouveau lotissement ou un parking)… en moins de 10 ans ! C’est pour répondre à cette triple impasse que l’auteur nous invite à penser une société radicalement nouvelle.

La priorité absolue est de repenser nos besoins, car « l’enjeu n’est pas entre croissance et décroissance, mais entre décroissance subie (…) ou décroissance choisie. »
Pour ce faire, plusieurs pistes sont envisagées et détaillées par l’auteur, dont les plus importantes sont sans doute la sortie du tout-voiture, une forme de moratoire sur le bâti (rénover plutôt que construire), une agriculture fondée non sur une augmentation toujours accrue de la productivité (production par travailleur) mais soucieuse du rendement surfacique (production par hectare), une relocalisation de l’industrie tout en restant vigilant aux effets d’échelle, enfin pour le monde financier la fin du prêt à intérêt, qui entraîne mécaniquement un besoin de croissance.

Pour intéressantes qu’elles soient, ces propositions rejoignent en partie celles d’un Pierre Rabhi ou d’un Serge Latouche, que l’auteur cite d’ailleurs, avec un accent il est vrai plus prononcé sur les questions industrielles en général et les ressources minières en particulier. Mais Phippe Bihouix va plus loin, et aborde de façon tout à fait sérieuse des questions qui le paraissent beaucoup moins. Ainsi sur la question des loisirs nous propose-t-il un tableau comportant le nombre de m² nécessaires par joueur pour différents sports, afin de déterminer quels sports sont les plus gourmands en surface, et par conséquent à éviter. Lecteurs qui frétillez déjà sur vos sièges en vous demandant si vous devriez annuler votre match de dimanche, rassurez-vous : si vous pratiquez le ping-pong , le basket ou le volley, votre « rendement surfacique » est tout à fait honnête. En revanche, amateurs de golf, de foot ou de tennis, il serait bon de vous restreindre – ou au moins de jouer en double (dans le cas du tennis) ! Pour les autres, je vous invite à consulter la figure « Kant appliqué aux sports de balle »
.

Toutes ces mesures, des plus systémiques aux plus anodines, ont comme objectif principal de réduire la consommation globale d’énergie et de ressources. D’après l’auteur, pour être soutenable, notre production d’énergie devrait ainsi atteindre 20 à 25% de notre consommation actuelle, d’où les nombreux changements à effectuer. La question de la faisabilité d’une telle transition occupe donc tout naturellement le dernier quart de l’ouvrage, qui répond globalement (mais on s’en doutait un peu) que oui c’est possible, si chacun y met du sien, d’autant qu’au fond nous serions plus heureux. Et c’est là que mon adhésion à l’ouvrage se fissure un tantinet. Pourquoi ce besoin, chez les décroissants et sympathisants, de nous vendre une mesure nécessaire comme profondément désirable ? N’est-ce pas là imposer une normativité aux relents passéistes qui risque d’éloigner inutilement les plus accrocs à la modernité? Quelques exemples parmi d’autres : « Apprendre à cliquer sur une souris, est-ce nécessaire en maternelle ? Je n’ai pas appris à cet âge, et pourtant je me débrouille plutôt bien. »
. Il me semble qu’on est là sur un autre débat (en l’occurrence deux autres débats puisque s’y rajoute la question de l’éducation) celui de la désirabilité de la décroissance en dehors de toute considération environnementale. Si je peux être sensible à l’humour dont vous faites preuve, M. Philippe Bihouix, permettez-moi de vous dire que le monde que vous décrivez ci-après ne me fait pas du tout rêver : « Je me prends à rêver d’un monde dans lequel, en arrivant chez des amis, au lieu d’apporter un bouquet virtuellement parfumé au kérosène, on proposera à la maîtresse de maison d’aller uriner dans le jardin potager pour rendre quelques nutriments à la terre et augmenter sa production légumière à venir. »
Parce qu’en vrai Philippe, je suis désolée de vous décevoir, mais j’ai une confession à faire. J’aime l’odeur des fleurs coupées, et abomination, le goût des nuggets de poulet de chez Macdo ou les voyages vers des terres lointaines. Si mes choix de vie ne reflètent pas toujours mes goûts, si récemment encore j’ai acheté des billets de train pour un voyage professionnel de 15h plutôt qu’1h en avion, ce n’est pas que je ne trouve pas ces avatars de la modernité pratiques et réellement séduisants, mais c’est que j’ai conscience, comme vous, des impasses auxquelles ils nous mènent. Ou comme vous le dites de façon si poétique « Non, nous ne pouvons plus nous permettre de continuer à consommer comme des porcs, à produire et jeter comme des goujats, grâce à l’économie circulaire et aux énergies renouvelables, avec quelques aménagements, ici et là. »
. Là on est d’accord Philippe. Mais arrêtez de nous prendre pour un enfant à qui on confisquerait son cornet Miko en lui disant « non mais voilà des choux de Bruxelles, c’est bien meilleur et tu vas te régaler, tu verras ! »

Publié : 11/09/14, 13:00
par Ahmed
D'après l'article (désolé, je n'ai pas lu le livre), la réserve exprimée par ce critique ne fait qu'exprimer sa rigidité culturelle: il reconnait que le consumérisme à tout va est condamné, mais continue d'y adhérer.
Quant aux deux, commentaires, le premier s'illusionne beaucoup sur nos capacités à contrôler les technologies: si nous sommes arrivés dans une impasse, c'est bien pour la raison que la finalité de la technique dans notre contexte historique s'oppose à un usage rationnel de celles-ci!
Le second, sous une forme différente, témoigne du même manque de lucidité. Il a raison sur un point, cependant: si l'on suppose cette maîtrise, alors rien n'interdit que "low" et "hight" technologie cohabitent, mais c'est justement l'intérêt de la position de Bihouix de comprendre qu'en ce limitant à des techniques de basse intensité le risque de dérapage est moins grand (puisque ce choix suppose l'idée d'autolimitation), alors qu'autrement il serait assuré (sauf à supposer un contrôle vraiment draconien dont on imagine difficilement d'où il pourrait venir...).

Publié : 12/09/14, 11:18
par Grandaddy
Ahmed a écrit :D'après l'article (désolé, je n'ai pas lu le livre), la réserve exprimée par ce critique ne fait qu'exprimer sa rigidité culturelle: il reconnait que le consumérisme à tout va est condamné, mais continue d'y adhérer.
Quant aux deux, commentaires, le premier s'illusionne beaucoup sur nos capacités à contrôler les technologies: si nous sommes arrivés dans une impasse, c'est bien pour la raison que la finalité de la technique dans notre contexte historique s'oppose à un usage rationnel de celles-ci!
Le second, sous une forme différente, témoigne du même manque de lucidité. Il a raison sur un point, cependant: si l'on suppose cette maîtrise, alors rien n'interdit que "low" et "hight" technologie cohabitent, mais c'est justement l'intérêt de la position de Bihouix de comprendre qu'en ce limitant à des techniques de basse intensité le risque de dérapage est moins grand (puisque ce choix suppose l'idée d'autolimitation), alors qu'autrement il serait assuré (sauf à supposer un contrôle vraiment draconien dont on imagine difficilement d'où il pourrait venir...).


Merci pour ton avis intéressant : ) Je pense que la remise en cause du consumérisme et de la haute technologie fait peur à pas mal de monde car cela remet aussi en cause un modèle de société bien établi dans la tête des gens qui s'y sont habitués. Rien qu'avec la dépendance à internet, ça ferait un choc à pas mal de monde...

Publié : 12/09/14, 13:52
par Ahmed
Le consumérisme a été une mauvaise réponse à un vrai problème et une bonne partie de l'attachement à celui-ci vient de ce que son abandon est perçu comme un retour à un état antérieur.

La technologie qui est liée au consumérisme comporte un aspect rassurant, puisque malgré ses nombreux inconvénients, elle tend à nous affranchir de notre finitude, du moins partiellement et de façon équivoque.
Car cet affranchissement se paye au prix de nouvelles limitations: les problèmes sont moins résolus que déplacés, de plus, de nouveaux en résultent.

Ce problème de la technique est très complexe, car il est très difficile de délimiter son rayon d'action (en admettant que ce soit souhaité!) dès lors que toute technique est ambivalente.

Re: L'âge des Low-Tech - Philippe Bihouix

Publié : 29/03/20, 14:24
par thibr
petit déterrage :mrgreen:

Re: L'âge des Low-Tech - Philippe Bihouix

Publié : 13/01/21, 15:24
par Christophe
Dans les écoles d’ingénieurs, l’émergence d’une vague « low tech »

Un tonneau de bois transformé en siège, une bibliothèque qui se déplie pour faire apparaître un bureau, une valisette qui se transforme en table de travail… Le concours d’idées bat son plein en ce vendredi de la mi-octobre à l’Ecole supérieure du bois à Nantes (ESB). Une centaine d’élèves de première année travaillent par groupes de six à concevoir et réaliser un bureau en bois, modulable, pour les personnes qui ont peu d’espace et doivent télétravailler pendant la crise sanitaire. Le tout dans une démarche d’écoconception. Chaque groupe dispose de deux planches de contreplaqué et d’un budget de 50 euros pour le reste du matériel.

Pas de temps à perdre en ce vendredi matin, dernier jour consacré à la conception avant de passer à la réalisation en atelier la semaine suivante. Dans chaque équipe, c’est l’effervescence. Mathis Aubry discute avec ses camarades pour savoir comment minimiser les chutes : « Nous débattons et réalisons des calculs pour utiliser au maximum les planches mises à notre disposition. » Clara Estival, elle, s’est isolée dans le fab lab, dans une autre aile du bâtiment, pour réaliser un maillage du bois. « Je crée un motif spécifique pour permettre au matériau de se plier sans se casser et ainsi n’utiliser que du bois et des matériaux recyclés pour notre valise-bureau », détaille la jeune femme, qui a intégré l’ESB après un cursus d’architecte.
Un professeur : « L’analyse du cycle de vie d’un produit permet de faire des choix. A quel degré je m’autorise à polluer ou non, par exemple ? »
Ce premier projet grandeur nature au sein de leur scolarité met les étudiants en contact avec les réalités de l’écoconception, alors que l’école a revu sa maquette pédagogique en 2019 autour de l’économie circulaire, qui représente 600 heures de cours tout au long des trois années du cursus. A l’image de ce « speed défi », un courant « low tech » commence à émerger dans les formations d’ingénieurs françaises. Cette démarche vise à concevoir des produits et services sobres en énergie, robustes, réparables par le plus grand nombre, et recyclables. Si le terme même de « low tech » ne fait pas l’unanimité dans les écoles, les cours autour de l’analyse des besoins et du cycle de vie des produits, de l’économie circulaire, de l’écoconception ou de l’innovation frugale fleurissent, alimentant une nouvelle vision de l’industrie. Quelques parcours liés à ce mouvement voient ainsi le jour, comme à Centrale Lille en dernière année. Et des écoles du numérique y réfléchissent, à l’image de l’Esiea, qui prévoit une mineure « low tech et innovation frugale » à la rentrée 2021.

Ce même matin, dans une autre salle de l’ESB, un groupe d’étudiants de troisième année travaille ainsi sur l’analyse du cycle de vie de la charpente de Notre-Dame de Paris, dans le cadre d’un projet avec l’association Restaurons Notre-Dame. Ils se documentent pour reconstituer le cycle de vie de la charpente qui a brûlé et faire des préconisations sur la nouvelle. Antoine, Julien, Chaïma et leurs camarades échangent sur les données qu’ils ont pu trouver en attendant de recevoir des plans. « L’analyse du cycle de vie d’un produit permet de faire des choix. A quel degré je m’autorise à polluer ou non, par exemple ? », explique leur enseignant Franck Michaud.

Des étudiants moteur

Les étudiants sont souvent moteur de ce changement grâce à leurs activités associatives. A l’ESB, Clara vient de monter une association pour organiser des actions sociales autour du bois. Elle a ainsi contacté la mairie de Saint-Martin-Vésubie (Alpes-Maritimes), victime de la tempête Alex, pour savoir comment leur venir en aide.

Etudiant à l’école d’ingénieurs Icam de Lille, Jean de Bailliencourt a participé à l’essor d’une association « low tech » dans son établissement. Depuis quatre ans, tous les lundis, une dizaine de jeunes gens se réunissent pour « bricoler ». Parmi leurs réalisations : un four solaire, un chauffe-eau ou une éolienne fabriqués à partir de matériaux recyclés. Des initiatives conduites en lien avec le Low-Tech Lab, une association nationale dont l’objectif est de collecter, documenter et partager ce type d’actions à travers le monde.

« Je veux garder cette mentalité dans mon travail d’ingénieur, assure Jean de Bailliencourt, aujourd’hui en cinquième année. J’ai appris à rechercher la simplicité et l’efficacité plutôt que la complexité. » Ces étudiants ont aussi mis en place des conférences au sein de l’école pour sensibiliser plus largement leur promotion.

Une minorité de profs engagés

Parmi les enseignants-chercheurs, une minorité veut aller au-delà de l’utilisation des « low tech » comme outil pédagogique et introduire un mouvement plus profond pour changer l’approche de l’innovation, de la technologie et même du progrès. « La sensibilisation est effectuée dans les formations », estime Philippe Bihouix, auteur de L’Age des low-tech : vers une civilisation techniquement soutenable (Seuil, 2014). Il est régulièrement invité par des écoles d’ingénieurs pour des conférences. « Il faut désormais ouvrir les esprits des futurs ingénieurs et élargir leurs horizons à d’autres disciplines, comme la sociologie ou l’anthropologie, afin de mieux prendre en compte les usages. »
Mise en place par des enseignants-chercheurs de Grenoble, une « communauté low tech » est en train de voir le jour. Après un webinaire en juin, une journée de rencontres s’est tenue début octobre et un forum en ligne permet de poursuivre et d’élargir les échanges. « Nous voulons partager nos compétences et nos ressources afin de créer une dynamique, et éviter de réinventer la roue à chaque projet », souligne Sacha Hodencq, animateur de cette communauté. Doctorant, enseignant à l’école Grenoble INP - ENSE3, il a introduit une dimension « low tech » à des projets d’ingénierie de deuxième année. « La démarche pose des questions sociétales et introduit à l’éthique de la technique. La science n’est pas neutre et on le dit finalement trop rarement aux étudiants », estime le pédagogue.

Au sein du groupe des écoles d’ingénieurs INSA aussi, la réflexion a passé un cap. Une réforme d’ampleur des cursus est conduite pour intégrer les enjeux énergie-climat, en partenariat avec le think tank The Shift Project, et ainsi « construire des profils d’ingénieur équilibrés, où les technologies et les humanités s’entremêlent pour contribuer à la construction d’une société plus durable ». Les principes « low tech » y sont intégrés. A l’Insa de Lyon, Romain Colon de Carvajal fait partie des enseignants engagés : « Les ingénieurs répondent le plus souvent à la question comment. Avec les low tech, il s’agit de commencer par l’analyse des besoins et des interrogations pour qui ? pour quoi ? Et d’ajouter une dimension sociale à leurs réflexions. »

Plus de 32 000 étudiants ont signé un manifeste pour un réveil écologique : ils ne veulent travailler dans des entreprises qui n’œuvrent pas à la transition écologique

« Les écoles d’ingénieurs sont en train de bouger, note avec satisfaction Clémence Vorreux, coordinatrice enseignement supérieur et recherche du Shift Project. Mais elles sont un peu dans la schizophrénie entre d’un côté une vision très technophile de l’innovation, et de l’autre des appels à plus de sobriété. Elles vont devoir mettre de la cohérence dans leurs discours. »

Un paradoxe qui s’illustre dans les débouchés. L’insertion professionnelle des diplômés fait partie des priorités des écoles. Or la dimension « low tech » n’est pas encore porteuse de beaucoup d’emplois. Clément Delor en a fait l’expérience. Il vient d’être diplômé de Centrale Lille, après avoir suivi le parcours « low tech » en cinquième année. « J’aurais aimé m’engager dans cette voie, mais la crise économique m’a obligé à m’orienter vers un secteur plus traditionnel. » Le jeune ingénieur vient de signer un CDI dans un cabinet de conseil en gestion logistique. « J’assure mes arrières pour le moment », expose-t-il. Il a déjà un projet entrepreneurial en tête pour faciliter la livraison de produits locaux dans Paris, avec un « frigo du désert », un système de préservation des aliments en terre et en sable, sans recours à l’électricité. « Ce projet correspond davantage à mes valeurs », explique-t-il. Sa démarche entrepreneuriale fait écho au manifeste pour un réveil écologique signé par plus de 32 000 étudiants il y a deux ans. Ils y affirmaient ne plus vouloir travailler dans des entreprises qui n’œuvrent pas à la transition écologique.

La crise sanitaire changera-t-elle malgré tout la donne à moyen terme ? Isabelle Huynh, diplômé de l’INSA Lyon, fondatrice de l’Institut Transitions et de l’association La Clavette, qui plaide pour une ingénierie positive, y croit : « Le Covid montre aux entreprises comment elles peuvent se réinventer. Lors du premier confinement, certaines se sont mobilisées pour créer des visières en impression 3D par exemple. » A l’ESB, après avoir bouclé la conception du meuble bibliothèque-bureau, Mathis veut y croire aussi. « Nous n’avons pas besoin de tout réinventer en permanence, remarque-t-il. Nous pouvons revenir à des choses simples et durables. J’ai envie d’être acteur de ce monde qui change et de ne pas avoir à me dire plus tard : je n’ai rien fait. »"



Re: L'âge des Low-Tech - Philippe Bihouix

Publié : 14/01/21, 07:31
par eclectron
Il n'y a pas que les gagnants dans la vie :mrgreen:
Version longue du reportage, avec tous les candidats et leurs solutions:

Re: L'âge des Low-Tech - Philippe Bihouix

Publié : 14/01/21, 08:08
par ABC2019
thibr a écrit :petit déterrage :mrgreen:

si vous voulez savoir comment vivre sans fossile, regardez les habitats traditionnels. Ca ressemblait pas exactement à ça ...

Re: L'âge des Low-Tech - Philippe Bihouix

Publié : 14/01/21, 08:55
par eclectron
ABC2019 a écrit :si vous voulez savoir comment vivre sans fossile, regardez les habitats traditionnels. Ca ressemblait pas exactement à ça ...

Le binarisme caricatural serait de retour ? :mrgreen:

Le progrès scientifique et technologique depuis, il faut les oublier ?
Essaye d'oublier quelque chose et tu me diras si tu y parviens. :mrgreen:

Même si beaucoup de tout ça est lié aux fossiles actuellement, il est tout a fait possible de verdir tout ça, certes en diminuant les quantités produites.
J'anticipe, puisqu’on connait ta chanson... Ce n'est pas fait actuellement pour des raisons de rentabilité financière.
Capitalisme qui n'a rien de gravé dans le marbre de droit divin mais qui est une pure convention/construction humaine et donc modifiable à loisir, en théorie...
voir très beau passage d'Ahmed ici : euh on ne peut pas mettre le lien, c'est donc sa derniere intervention dans le fil, que j'ai plussoyé :wink:
Rentable vs Durable, à un moment il faut choisir son camp en conscience :mrgreen: pas dans le binarisme caricatural.. :roll:

Re: L'âge des Low-Tech - Philippe Bihouix

Publié : 14/01/21, 10:47
par ABC2019
eclectron a écrit :
ABC2019 a écrit :si vous voulez savoir comment vivre sans fossile, regardez les habitats traditionnels. Ca ressemblait pas exactement à ça ...

Le binarisme caricatural serait de retour ? :mrgreen:

Le progrès scientifique et technologique depuis, il faut les oublier ?
Essaye d'oublier quelque chose et tu me diras si tu y parviens. :mrgreen:

ça n'existe que tant qu'existe un substrat industriel, il ne faut pas l'oublier, et il n'y a pas de substrat industriel sans abondance de fossiles. Fabriquer une pompe ou un chauffe eau solaire, c'est pas simple que ça. Tu peux imaginer que ça va perdurer sans fossile, mais il n'y a pas d'exemple connu pour le moment.

Quant à l'aspect général de la construction en bois qui ne date que d'un mois, on peut douter de sa durabilité, puisque c'est ça qui te préoccupe. Les vieilles maisons en Bretagne qui ont résisté des siècles ne ressemblent pas à ça.