Ahmed a écrit :...Je note cependant une légère confusion dans la dernière partie de ton message dans laquelle tu insistes d'abord sur l'individu pour ensuite t'interroger sur la société: il est évident que ces deux notions sont intimement liées et que tout individu est un être social.
Je m'attendais à cette remarque et l'espérait même pour davantage (tenter d') expliquer ma réflexion.
Je fais une confusion entre individu et société car l'un et l'autre sont liés et se confondent, mais aujourd'hui les analyses et les actions se font principalement "par le haut". Les politiques, les économistes, les experts étudient les mécanismes macroéconomiques et proposent des solutions au niveau des grands agrégats économiques et sociaux en négligeant le maillon unitaire : l'individu.
Certes le Revenu Universel vient agir sur l'individu, mais pas en tant que tel, mais en tant que partie d'un ensemble, celui des défavorisés, qui restera, RU ou pas RU, celui des défavorisés.
Pour revenir à ma contradiction Individu/Société, on explique souvent que les gens sont et font comme ceci ou cela car la société les y oblige. Mais n'est-ce pas l'inverse ? Nous constatons par exemple, que les individus sont devenus exigeants, égoïstes, individualistes… C'est normal, ajoute-on, c'est à cause de la société dans laquelle ils vivent. Mais la société n'est-elle pas finalement la résultante de l'ensemble des individus ?
La société n'est-elle devenue cruelle, violente, insensible car l'individu l'est devenu ?
Dernièrement je discutais une directrice d'une association qui œuvre dans le médico-social et je lui faisais remarquer que, toute proportion gardée, elle agissait comme le pdg d'un grand groupe qui raisonne en global en occultant le côté humain. Ses actes priorisaient l'entreprise au détriment du personnel. Je défendais l'idée que l'inverse me paraissait plus judicieux et sans doute plus efficace, ce à quoi elle n'était pas d'accord et me répondait : "Je pérennise l'entreprise pour que le personnel soit sécurisé !"… Je pense l'inverse et lui répondais : "Sécurisez le personnel pour pérenniser l'entreprise".
L'individu crée l'entreprise, l'entreprise crée le groupe, le groupe crée la société, la société crée l'économie, l'économie crée la stabilité et le bien-être de l'individu… Si l'individu fragilise la base de l'édifice, aucune action au niveau de l'édifice ne pourra le consolider et le faire tenir.
Mes explications sont sans doute un peu amalgamées et nébuleuses mais elles sont claires dans mon esprit. J'ai juste du mal à les expliquer. Tout est dans tout et inversement.
Je relève souvent que des comportements individuels anodins et pleins de bonnes intentions produisent, à mon sens, des effets pervers qui s'amplifient donnant lieu au final à un malaise de la société.
Par exemple le mouvement des services à la personnes se développe avec l'objectif pieux de recréer du lien social. Mais les salariés sont peu considérés, forcément ils sont peu qualifiés, travailler dans le lien social ne demande pas une grande culture, les salaires sont donc lamentablement bas, les travailleurs sont précaires, peu fiables et peu motivés, et deviennent des exclus sociaux. Le résultat, en dépit du fait que les acteurs du secteur croient intiment œuvrer pour plus de justice sociale, est une plus grande disparité sociale.
C'est peut-être parce que l'individu est devenu boulimique que la société est devenu de consommation. Je me pose d'abord la question de savoir pourquoi l'individu est-il devenu boulimique ? Certains diront que les acteurs-décideurs savent créer le besoin chez l'individu. Mais n'exploitent-ils pas simplement une faille devenue béante ?
Bon, pour résumer, finalement on en revient au paradoxe de l'œuf et de la poule ! Autrement dit, rien ne sert de débattre d'un seul bout du problème.
Et Dieu dans tout ça ?…


