Société et philosophieFrançois Roddier, thermodynamique et société

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moinsdewatt
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar moinsdewatt » 29/04/19, 23:10

Et que dit Nostradamus pour 2023 ?
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janic
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar janic » 30/04/19, 10:23

La théorie des équilibres ponctués -28 avril 2019

On doit au paléontologue américain Stephen Jay Gould et à son associé Niles Eldredge la constatation que l’évolution des espèces n’est pas uniforme dans le temps mais procède par sauts brutaux à des époques particulières. C’est la théorie dite « des équilibres ponctués ». Le physicien Per Bak a montré qu’elle est une conséquence du processus général de criticalité auto-organisée selon lequel les structures dissipatives s’organisent.

Cela signifie que l’évolution d’une société humaine suit un processus du même type que celui des espèces animales ou végétales. Il est intéressant de comparer leurs évolutions respectives. L’apparition d’une nouvelle espèce animale ou végétale serait l’équivalent de la naissance d’une société nouvellement organisée. Nous avons vu que cette dernière évolue en traversant quatre phases successives qualifiées de phase de dépression, d’expansion, de stagflation et de crises. Ce sont les phases des cycles de Turchin et Néfédov. Il semble qu’on retrouve effectivement ces mêmes phases dans l’évolution d’une espèce.


Gould est une sorte de Darwin de son époque. Il constate, mais n’est pas le seul, que l’évolution telle qu’enseignée, se heurte à la logique et l’observation étant donné la complexité des éléments naturels mis en cause ; et lorsque, par exemple, il considère que certains changements ne peuvent se concevoir sur les immenses durées habituellement préconisées, il doit se rabattre sur des durées plus courtes (quelques milliers d’années, ce qui ne change d’ailleurs rien aux mécanismes eux-mêmes) ce qui le rapprocherait d’ailleurs d’un créationnisme plus élargi.
Quant à prendre ce modèle théorique des équilibres ponctués, ce qui n’est qu’une théorie, comme modèle de nos sociétés, ça ne mange pas de pain pour reprendre la formule.
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être chafoin
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar être chafoin » 30/04/19, 10:54

Ahmed a écrit :Nouveau billet de François Roddier:
140 – La théorie des équilibres ponctués -28 avril 2019
.../...
Les progrès dans les transports et les communications font que l’évolution culturelle s’est encore accélérée. La France d’aujourd’hui vit dans une société dont la culture s’est développée à la fin de la première guerre mondiale et dont les phases n’ont duré que 30 ans. Marquée par la grande dépression de 1929, sa phase de dépression s’étend de 1918 à 1948. Suit une phase d’expansion, connue sous le nom de « 30 glorieuses », allant de 1948 à 1978, puis une phase de stagflation parfois qualifiée de « 30 piteuses ». Elle s’étend de 1978 à 2008. La crise bancaire de 2008 marque le début d’une phase de crise qui devrait logiquement durer jusqu’en 2038.
.../...
J'ai déjà donné mon opinion sur ce genre de théorie. Mais, par exemple, pourquoi donner comme point de départ de notre culture 1918 ? Cela me semble assez artificiel et fortement subjectif. J'ai l'impression qu'il veut faire rentrer l'histoire dans son modèle comme de l’ail dans un presse-ail.
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar Ahmed » 30/04/19, 13:02

Ce n'est pas exactement ce qui est dit, même si je reconnais volontiers que l'expression est assez maladroite: il associe phase sociétale et phase culturelle, ce qui n'est pas inapproprié si l'on admet ici un sens restreint à "culture". Dit autrement, les superstructures sont déterminées par l'infrastructure...
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar sen-no-sen » 11/05/19, 14:59

moinsdewatt a écrit :Et que dit Nostradamus pour 2023 ?


Il ne faut pas confondre prophétie et prédiction scientifique.
Annoncer l'effondrement économique dans la prochaine décennie ne relève nullement de la pratique divinatoire,pas plus que d'annoncer la venue d'orages en été.

être chafoin a écrit :J'ai déjà donné mon opinion sur ce genre de théorie. Mais, par exemple, pourquoi donner comme point de départ de notre culture 1918 ? Cela me semble assez artificiel et fortement subjectif. J'ai l'impression qu'il veut faire rentrer l'histoire dans son modèle comme de l’ail dans un presse-ail.


Une opinion ne forge pas la réalité.
1918 ne correspond pas au point de départ de notre culture(???),mais au commencement du dernier cycle économique mondiale,celui étant d'une durée d'environ 120 ans.
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar être chafoin » 11/05/19, 19:26

Mais pourquoi ce cycle commencerait en 1918 (il dit que la culture de notre société s'est développée à la fin de la 1ère guerre mondiale...) ? Pourquoi pas en 1914 par exemple ?
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar sen-no-sen » 11/05/19, 20:47

être chafoin a écrit :Mais pourquoi ce cycle commencerait en 1918 (il dit que la culture de notre société s'est développée à la fin de la 1ère guerre mondiale...) ? Pourquoi pas en 1914 par exemple ?


Historiquement 1918 corresponds au début d'une grande dépression économique ayant touché la plupart des grandes nations industrielles :

The post–World War I recession was an economic recession that hit much of the world in the aftermath of World War I. In many nations, especially in North America, economic growth continued and even accelerated during World War I as nations mobilized their economies to fight the war in Europe. After the war ended, the global economy began to decline. In the United States, 1918–1919 saw a modest economic retreat, but the second part of 1919 saw a mild recovery. A more severe recession hit the United States in 1920 and 1921, when the global economy fell very sharply.


https://en.wikipedia.org/wiki/Post%E2%80%93World_War_I_recession
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar Ahmed » 11/05/19, 21:49

La guerre correspond à un optimum économique puisque le secteur productif (source chaude) est fortement sollicité du fait que le pôle "consommateur" (source froide) est contraint: les deux fonctionnent alors en phase, ce qui en maximise les flux ou la dissipation d'énergie...
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar sen-no-sen » 24/05/19, 20:49

141 – Le phénomène de condensation des richesses
22 mai 2019 François Roddier

Nous avons vu que, lorsqu’une société traverse une phase de crise, sa production économique s’effondre le long de ce que nous avons appelé la falaise de Sénèque (figure du billet 93).

En physique, la falaise de Sénèque correspond au palier de la surface de van de van der Waals, le long duquel un fluide est en équilibre sous deux phases: une phase vapeur et une phase liquide dans laquelle la vapeur se condense. Dans mon livre Thermodynamique de l’évolution (section 13.5) je montre qu’une société peut aussi être en équilibre sous deux « phases » constituées de populations distinctes: une population de gens riches et une population de gens pauvres. Par analogie avec la condensation de la vapeur, on peut parler de « condensation des richesses ».

Initialement réparties suivant une loi de puissance, dite loi de Pareto, les richesses se concentrent sur une partie de plus en plus réduite de la population. Une minorité de gens riches deviennent de plus en plus riches tandis qu’une majorité de gens pauvres s’appauvrissent encore davantage. On trouvera une bonne description de ce processus actuel dans le livre de Juan Branco « Crépuscule ». Par analogie avec la condensation des fluides, on peut assimiler la population aisée aux molécules d’une phase gazeuse dans laquelle elles jouissent d’une grande liberté. À l’opposé, les gens pauvres sont soumis à de fortes contraintes comme le sont les molécules dans une phase liquide.

Au fur et à mesure qu’on descend la falaise de Sénèque, la population pauvre s’accroît tandis que la richesse se condense aux mains d’un nombre de plus en plus réduit d’individus. La consommation de l’ensemble tendant à diminuer, la production finit par s’effondrer. Une telle situation ne peut être que de courte durée. En biologie, une espèce disparait lorsque ses gènes ne sont plus adaptés à l’environnement. En sociologie, une société s’effondre lorsque sa culture n’est plus adaptée à l’environnement. On doit donc s’attendre à un changement rapide de la culture dominante. À quoi ressemblera la nouvelle culture qui surgira de la société?

On sait que les petits mammifères existaient bien avant la disparition des dinosaures. On peut penser que, de même, la culture future de nos sociétés est déjà là. Elle attend simplement l’effondrement de notre société actuelle pour s’étendre à la société toute entière. Les critiques de la société actuelle ne manquent pas, mais elles viennent rarement des gens riches qui profitent de la situation. Par contre, elles prennent de l’ampleur parmi la classe défavorisée. Encore très désorganisée, celle-ci cherche à s’organiser. On le voit avec l’apparition du mouvement des gilets jaunes. On parle aussi de référendum d’initiative populaire.

Le principal obstacle est le manque d’instruction des classes défavorisées. J’ai décrit l’effondrement du système éducatif dans mon billet 125. Une population d’individus sans instruction n’a pas les capacités nécessaires pour s’auto-organiser, tandis que ceux qui ont suffisamment de connaissances les utilisent à leur profit.

Le système éducatif ne s’est pas effondré par hasard. En 1985, le ministre de l’Education Nationale, J.P. Chevènement, donnait pour consigne « instruire d’abord ». Le Nouvel Observateur du 4 janvier 1985 a décrit la réaction à cette consigne comme celle à une déclaration de guerre. Avait-on oublié que « l’ascenseur social » n’avait pu fonctionner que grâce à une école qui instruisait ou ne voulait-on tout simplement plus d’ascenseur social?

Un renouveau de la société n’est possible que s’il est associé à un renouveau du système éducatif dans lequel l’éducation a pour but une meilleure organisation de la société. Un tel renouveau n’est possible qu’après effondrement de la société actuelle. Au lieu de servir à un enrichissement individuel, l’éducation doit permettre une meilleure organisation de la société. Il sera alors possible de passer d’une société de compétition à une société de coopération. Ce qui parait utopique aujourd’hui deviendra possible, mais ne ne le sera qu’après un effondrement de la société actuelle.

J’ai parlé dans mes précédents billets des cycles séculaires de Turchin et Nefedov (voir billet 90). Le même phénomène se reproduit au cours de chacun de ces cycles. Seule l’amplitude du phénomène varie d’un cycle à un autre. On parle d’effondrement de société lorsque la crise est de grande ampleur. Nos sociétés occidentales ont traversé une crise similaire pendant la première guerre mondiale. Il nous reste à espérer que la crise à venir ne conduira pas à une nouvelle guerre mondiale. Quoiqu’il arrive, elle conduira à une réorganisation majeure de la société, nécessairement semblable à celle que je viens de décrire

http://www.francois-roddier.fr/
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