Société et philosophieFrançois Roddier, thermodynamique et société

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sen-no-sen
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar sen-no-sen » 13/02/19, 14:08

136 – Peut-on prédire l’avenir?
François Roddier

C’est le titre de la première section du chapitre 15 de mon livre sur la thermodynamique de l’évolution. J’ai donc déjà donné ma réponse à cette question: on peut prédire un temps propice aux avalanches, mais pas une avalanche particulière. De même, on peut prédire une époque propice aux crises, mais pas une crise particulière.

Notre compréhension de la dynamique de l’atmosphère terrestre, notamment celle des cyclones et des anticyclones, nous permet de faire des prévisions météorologiques réalistes, au moins à court terme. De même, notre compréhension nouvelle des cycles économiques, à travers des recherches comme celles de Gerhard Mensch (billet 109), ou celle des cycles historiques, grâce aux travaux de Turchin et Nefedov (billet 90), devrait nous permettre de prévoir l’évolution des sociétés humaines à l’échelle de quelques dizaines d’années. Toute science progresse en faisant des prédictions qui sont ensuite vérifiées ou non par l’expérience. Dans le cas d’une société humaine, la vérification des prédictions demandera du temps, mais cela ne doit pas nous empêcher de les faire aujourd’hui, laissant aux jeunes générations le soin de les vérifier ensuite.

Si les prévisions qui suivent s’avèrent justes, cette vision s’en trouvera confortée et pourra servir de base à une meilleure compréhension des sociétés humaines. Il s’agit bien sûr de prévisions statistiques. Je parlerai de probabilité de crise comme on parle de probabilité de pluie ou de beau temps. Dans tous les cas, il est utile de faire des prévisions. Celles-ci concernent les pays occidentaux et plus particulièrement la France, sachant que son évolution est intimement liée à celle de ses pays voisins.

Il faut tout d’abord bien comprendre qu’une société n’a pas de période propre. Elle décrit des cycles de Carnot semblables à ceux d’une machine thermique. Plus elle dissipe d’énergie, plus la machine tourne vite. Ceux de mes lecteurs qui ont un compte-tour sur leur voiture savent que plus ils appuient sur l’accélérateur plus leur moteur tourne vite. Il en est de même des sociétés humaines. Plus elles dissipent de l’énergie plus les cycles qu’elles décrivent sont courts. Turchin et Néfédov donnent des exemples de cycles historiques d’une durée de plusieurs siècles. Pour l’historien Giovanni Arrighi (3), nos sociétés actuelles décrivent des « longs siècles » d’à peine plus de cent ans. Cela montre que nous dissipons plus d’énergie qu’autrefois. Cela semble clair si l’on songe à l’usage croissant que nous avons fait de la houille puis du pétrole.

La figure de Thomas Piketty reproduite sur mon billet 118 montre que les économies européennes se sont effondrées en 1910. Il s’en est suivI la première guerre mondiale. Il est donc naturel de faire commencer un nouveau cycle en 1918. On peut le décomposer en 4 phases de 30 ans chacune. Selon la nomenclature de Turchin et Néfédof, la première phase, dite de dépression irait de 1918 à 1948. Elle comprend la grande dépression de 1929. Connue sous le nom de 30 glorieuses, la phase d’expansion irait de 1948 à 1978. Vient ensuite la phase de stagflation, marquée par la venue au pouvoir de Ronald Reagan aux U.S.A. et de Margaret Thatcher en Angleterre. Cette phase s’étend de 1978 à 2008. La crise bancaire de 2008 marquerait le début de la phase de crise.

Comme pour les trois premières phases, on s’attend à ce que la phase de crise dure 30 ans. Elle irait donc de 2008 à 2038. Vers le milieu de cette phase, on peut s’attendre à un effondrement économique important. L’italien Ugo Bardi le qualifie de falaise de Sénèque. Centré sur l’année 2023, cet effondrement pourrait avoir lieu vers la fin du mandat présidentiel français actuel. Il nous faudra toutefois attendre l’année 2038 pour voir arriver la fin des crises.

Reproduite de nouveau ici, la figure du billet 117 nous permet d’apporter des précisions supplémentaires. Une phase de crise part d’une société inégalitaire en phase de stagflation (haut de la figure). Les gouvernements essayent de maintenir la production mais les divergences d’opinion s’affrontent. Les seuils élevés des connexions du réseau neuronal rendent difficile tout accord de sorte que les gouvernements deviennent de plus en plus autoritaires (coté droit de la figure). Il s’en suit de nombreux conflits (crises).

Comme nous l’avons vu, on s’attend à ce que la production économique s’effondre vers la fin du mandat présidentiel actuel: c’est la chute du haut de la falaise de Sénèque. Un effondrement de la production implique une régression: on observera alors un retour à des pratiques plus traditionnelles (voir en bas et à droite de la figure). Dans un monde dominé par la compétition, chacun redécouvrira les mérites de la coopération. Les seuils élevés des connections du réseau neuronal font qu’une coopération restera difficile à établir, mais lorsque celle-ci s’établira, elle persistera. Peu à peu l’intensité des connections du réseau augmentera (bas de la figure), mais les seuils élevés des connections empêcheront toujours le réseau de « percoler ». L’économie restera en panne.

Ce n’est que dans la phase suivante, dite phase de dépression, que les seuils commenceront à baisser, permettant à l’économie de reprendre. La société redeviendra alors plus égalitaire, mais cela ne se produira pas avant 2038. Je ne serai plus là pour le voir, mais la plupart de mes lecteurs, actifs aujourd’hui, pourront le vérifier. Si ma description correspond à ce qu’ils observent, alors la vision théorique présentée ici en sortira confortée et un pas important sera franchi dans notre compréhension de l’évolution de nos sociétés.

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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar janic » 14/02/19, 09:13

un moteur 4 temps en quelque sorte! mais pas systématiquement.
Plus elle dissipe d’énergie, plus la machine tourne vite.
les moteurs de navire sont à deux temps et tournent très lentement pour une énorme consommation d'énergie car on confond souvent puissance totale et couple.
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar sen-no-sen » 14/02/19, 11:06

janic a écrit :un moteur 4 temps en quelque sorte! mais pas systématiquement.


Oui un moteur à quatre temps,les phases par contre ne sont pas nécessairement symétriques et égales entres elles.
Concernant la période de crise par ex,il est possible de tricher,et c'est ce que l'on fait depuis 2008 en injectant des liquidé fictives dans l'économie pour nous faire croire qu'il n'y a pas de crise...mais attention à la chute,elle ne sera que plus grande.
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar sen-no-sen » 21/02/19, 13:48

Dépression et stagflation

Il est clair que nos gouvernements ignorent tout des cycles économiques. Conformément au principe de dissipation maximale d’énergie, leur but est de maximiser la croissance économique. Or ceci n’est possible que durant une phase très particulière des cycles économiques: la phase d’expansion. Que faire durant les autres phases?

En dehors des phases de crises sur lequel je reviendrai, on constate une simple stagnation de l’économie. Cela se produit durant deux cas très différents que beaucoup d’économistes ont tendance à confondre: les phases de dépression et les phases de stagflation.

Le cas des phases de dépression est aujourd’hui le mieux compris grâce à l’analyse qu’en a fait l’économiste anglais John Maynard Keynes. L’explication en est très simple. Les phases de dépression suivent les phases de crise, comme la dépression de 1929 a suivi la première guerre mondiale. Un simple examen de la figure du billet 107, reproduite ici, montre que la demande économique y est forte mais, du moins au départ, l’offre y est faible.

L’explication qu’en a donnée Keynes est que, traumatisés par les crises qui ont précédé, les investisseurs hésitent à placer leur argent dans de nouveaux développements qu’ils jugent toujours risqués. Le remède proposé par Keynes est d’encourager les investisseurs, notamment par les actions gouvernementales. Cette politique, dite keynésienne, a facilité le passage de la phase de dépression d’avant guerre à la phase d’expansion observée après la dernière guerre mondiale.

Depuis 1978, l’économie stagne de nouveau. Certains économistes ont proposé d’appliquer à nouveau une politique keynésienne, mais on s’est vite aperçu que cela ne marchait plus. Un simple coup d’œil à la figure ci-jointe montre que la situation est en effet très différente. Nous ne sommes plus dans une phase de dépression, mais dans une phase de stagflation. L’offre y est importante, mais la demande est en chute libre. Inutile donc d’encourager l’offre: le problème vient de la demande.

Celle-ci ne cesse de diminuer parce qu’une partie grandissante de la richesse est capitalisée par une fraction de plus en plus faible de la société. C’est le résultat de ce qu’on appelle le capitalisme financier. La richesse s’accumule comme le sable sur le tas de sable de Per Bak ou la neige en montagne. On sait comment cela se termine: le tas de sable ou de neige fini par s’effondrer. C’est la phase de crises que nous traversons maintenant. Les montagnards disent que le temps est propice aux avalanches.
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Il est curieux de voir que nos gouvernements, comme les économistes qui les conseillent, sont totalement inconscients des processus que je viens de décrire. On ne peut qu’en prédire les conséquences, d’où le sujet de mon billet précédent.


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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar Ahmed » 21/02/19, 18:59

Cette fois, j'adhère sans réserves aux propos de F. Roddier: cela rejoins tout à fait les analyses que l'on peut faire en partant d'autres grilles explicatives. C'est bien au tournant des années 80 que le système s'est mis à "patiner" et c'est là que la financiarisation de l'économie à permis à cette dernière de survivre. Tu notais dans ton dernier message l'injection massive de liquidités suite à la crise de 2008, ce qui est juste, mais ce n'était qu'une augmentation de ce qui se pratiquait déjà...
Sur ses prédictions pour 2038, cela doit être considéré avec prudence: cela suppose en effet que la forme de l'économie telle que nous la connaissons fasse preuve d'une forme de permanence, ce qui est loin d'être démontré. Ceci dit, le mouvement qu'il décrit semble assez plausible, mais probablement dans un contexte assez différent du schéma habituel...
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar sen-no-sen » 21/02/19, 20:56

Ahmed a écrit :Tu notais dans ton dernier message l'injection massive de liquidités suite à la crise de 2008, ce qui est juste, mais ce n'était qu'une augmentation de ce qui se pratiquait déjà...



Je trouve le parallèle avec le cerveau intéressant:la période actuelle correspond à la phase d'amorçage du sommeil,mais le système injecte des excitants(artifices* en tout genre ) pour continuer à maintenir le modèle à flot afin de retarder l'inéluctable dépression.
Nous sommes donc face à une forme de dopage aux conséquences désastreuses,parce qu'a ce jeu de junky il faudra nécessairement payer la note:une période cauchemardesque(guerre,terrorisme etc...).



*Artifice financier(CDS,QE etc...)et politique également avec les élections des inénarrables successeurs de J.Chirac.
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar Ahmed » 21/02/19, 22:33

Effectivement, il est impossible de tricher durablement avec la physiologie. Ainsi, il est possible de supprimer artificiellement le besoin de sommeil, pour autant cela ne supprime pas les conséquences de ce manque...et plus le déficit est important, plus la note est salée.
Peu de gens sont conscient du caractère complètement artificiel de notre "prospérité" et donc de son caractère éminemment précaire: il est tellement plus rassurant de l'attribuer à nos mérites particuliers... Pourtant, tout ne tient (encore un moment) que par des bouts de ficelles...
D'un côté des miséreux peuvent seuls produire de la plus value du fait de leur condition misérable, mais qui ne le sera bientôt plus assez pour lutter contre des formes de production plus compétitives du fait de l'automation, de l'autre, les "gagnants" provisoires qui ne le sont encore que parce qu'ils appuient sur le bouton de la drogue synthétique financière* qui est au point de départ du cycle de la valeur abstraite (c'est une forme d'économie rentière, comme au début du capitalisme).

* Je l'ai peut-être déjà signalé, mais le processus de saturation de l'espace étant achevé, il ne restait plus que le temps à coloniser par anticipation de gains futurs impossibles, seulement destinés à compenser le déficit présent.
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar sen-no-sen » 11/03/19, 12:17

138 – La dissipation d’énergie et le tas de sable de Per Bak

J’aimerais revenir sur une notion de physique essentielle mais souvent très mal comprise du public, celle de dissipation d’énergie. Dans le langage courant, on entend souvent parler de « consommation » d’énergie. Pour un physicien, l’énergie est un invariant: elle ne peut ni se créer ni se perdre. On ne peut donc pas la « consommer ». À la place du verbe consommer, les physiciens préfèrent le verbe « dissiper »: l’énergie se dissipe comme la fumée se dissipe dans l’air. Elle est toujours là, mais elle devient beaucoup plus difficile à récupérer.

Pour mieux décrire la dissipation d’énergie, les physiciens ont été amenés à introduire un nouveau concept, celui d’entropie. Dissiper l’énergie, c’est produire de l’entropie. On a longtemps comparé la notion d’entropie à celle de désordre. De même qu’on récupère mieux ses outils dans un atelier en ordre, de même on récupère mieux l’énergie dans un milieu de faible entropie.

Un gros progrès a été accompli au 20ème siècle, lorsque les physiciens ont montré l’équivalence entre la production d’entropie et la perte d’information. On peut en effet récupérer ses outils dans un atelier en désordre si l’on sait où ils sont. De la même façon, dissiper de l’énergie c’est perdre de l’information sur la position et la vitesse des molécules. Lorsque cette information est perdue, l’énergie est sous forme de chaleur. D’une façon générale, les physiciens ont montré qu’effacer de l’information produit un dégagement de chaleur.

Cependant, une difficulté conceptuelle subsiste: qu’est-ce que l’information? On a tendance à penser que l’information c’est ce que l’on sait, c’est-à-dire ce qui est mémorisé dans notre cerveau, c’est-à-dire une grandeur subjective. Chacun sait aujourd’hui que l’information peut aussi être mémorisée dans un ordinateur, ou plutôt dans la partie d’un ordinateur qu’on qualifie à juste titre de « mémoire ». L’information devient alors une grandeur objective, mesurable en « bits ». Ainsi, dissiper de l’énergie, produire de l’entropie, ou effacer de l’information sont des expressions synonymes.

Revenons maintenant sur la notion de structure dissipative. Une structure dissipative s’auto-organise spontanément pour dissiper l’énergie. C’est le cas par exemple d’un être vivant mais aussi d’une société humaine. Les physiciens disent qu’ils diminuent leur entropie interne pour produire de l’entropie. On peut dire aussi qu’ils mémorisent de l’information pour pouvoir ensuite en effacer.

Une application intéressante de ces notions est son application à la monnaie. Celle qu’on possède est généralement mémorisée sur un compte en banque. Elle porte alors le nom de capital. Avoir un capital permet de dépenser de l’argent appelé aussi monnaie. Dépenser de l’argent, c’est effacer de l’information sur un compte en banque. Cette information effacée correspond bien à ce que nous consommons, c’est-à-dire à de l’énergie qui nous dissipons. Ainsi les flux monétaires mesurent les flux d’énergie dissipée dans une société.

Nous avons vu que le physicien danois Per Bak compare l’information mémorisée à un tas de sable. Lorsque la pente de ce dernier atteint une taille critique, on observe la formation d’avalanches. Celles-ci représentent de l’information qui s’efface, c’est-à-dire des flux d’énergie qui se dissipe. Thomas Piketty (1) a montré que, depuis un siècle, nos sociétés accumulent du capital, comme on accumule du sable sur un tas de sable. On comprend qu’on arrive aujourd’hui à une époque propice aux avalanches, ce qui conforte la conclusion du billet précédent.

(1) Thomas Piketty, Le capital au XXIème siècle (Seuil).


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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar être chafoin » 11/03/19, 23:20

Vers le milieu de cette phase, on peut s’attendre à un effondrement économique important. L’italien Ugo Bardi le qualifie de falaise de Sénèque. Centré sur l’année 2023, cet effondrement pourrait avoir lieu vers la fin du mandat présidentiel français actuel. Il nous faudra toutefois attendre l’année 2038 pour voir...
Cela ressemble un peu à de la numérologie. Même si on peut sentir un jeu de balancier dans l'histoire, je ne crois pas du tout à ce genre de théorie.

Marx, je crois avait analysé la société capitaliste comme une société qui avançait par crises successives. En considérant la parenthèse des trente glorieuses, je crois qu'on pourrait retrouver ce rythme de la période libérale de la fin du 19ème siècle : des crises régulières tous les 7, 10 ans ou plus. On peut donc considérer qu'on se rejoint vaguement sur ce point : nous sommes dans une période de forte instabilité. De là à donner ces chiffres magiques !

Une question sur le terme "effondrement" : c'est quoi pour F. Roddier et/ou pour vous ? Est-ce qu'une crise majeure comme la crise de 29 ou une guerre mondiale est un effondrement ?
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Re: François Roddier, thermodynamique et société

Message non lupar Ahmed » 12/03/19, 13:38

Être chafoin, tu écris:
Marx, je crois, avait analysé la société capitaliste comme une société qui avançait par crises successives.

Il parlait même de crise permanente! Mais il a aussi parlé de borne interne au capitalisme, c'est à dire que quoique les crises puissent être surmontées victorieusement (du point de vue du capital, donc de sa possibilité d'accroissement), le système se rapproche de ce qui constitue sa borne ultime qui est de nature logique et ne peut donc plus être dépassé. En effet, il arrive un moment où tellement de travail humain a été expulsé du process de fabrication qu'il n'est plus possible de valoriser un capital devenu trop important pour trouver des débouchés en proportion de son volume.
Plus loin:
Une question sur le terme "effondrement" : c'est quoi pour F. Roddier et/ou pour vous ?

Pour moi, l'effondrement correspond non à un épuisement des ressources (même si leur raréfaction peut jouer un rôle de déclencheur), mais à un blocage de la valorisation de la valeur abstraite de laquelle découle un impossibilité de la poursuite des activités réelles.
Et:
Est-ce qu'une crise majeure comme la crise de 29 ou une guerre mondiale est un effondrement ?

En aucune manière! La crise de 29 correspond à une crise résultant d'un déséquilibre entre le flux et le stock; en clair, malgré de forts besoins (flux potentiels), il était difficile de réunir les fonds financiers (stock) pour établir les nouvelles industries au niveau de productivité requis pour répondre aux besoins évoqués de façon rentable; l’interventionnisme d'état et les facilités financières (keynésianisme) ont permis de surmonter cette crise.
La seconde guerre mondiale a permis d'utiliser les énormes forces productives mises en mouvement et qui peinaient à trouver des débouchés suffisants aux USA; en Europe, le début du conflit résulte du choix du réarmement massif de l'Allemagne en vue de créer de la valeur via la résorption du chômage: au bout d'un moment, il faut se servir de l'armement, sinon "l'astuce" ne fonctionne plus (la source "chaude" de la production doit nécessairement avoir pour contrepartie une source "froide" de consommation, sinon le flux s'arrête et la "machine" cale).

En prime, je réponds à une question que tu ne poses pas ( 8) ): de quoi 1980 est-il la crise?
La saturation des marchés de consommation jointe à la montée du chômage (résultant tous deux de la productivité croissante) induisait une situation de blocage de la valorisation et une nouvelle réponse fut alors trouvée: la montée en puissance de l'industrie financière qui allait suppléer à l'industrie réelle. Ceci évita l'effondrement systémique ou la guerre qui sont les deux seules autres échappatoires. Cependant, cette solution n'est pas de nature durable et ne fait que porter plus haut les contradictions internes du système (et plus les contradictions sont hautes, plus l'effondrement est inéluctable).
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