Agriculture: problèmes et pollutions, nouvelles techniques et solutionsUne prairie potagère ?

Agriculture et sols. Pollution, contrôles, dépollution des sols, humus et nouvelles techniques agricoles.
Ahmed
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Re: Une prairie potagère ?

Message non lupar Ahmed » 22/08/19, 13:23

J'ai pris l'exemple des fraisiers parce que c'est une culture qui m'intéresse,mais elle n'est pas très représentative, car le fraisier n'a pas pour objectif dans la vie de remplir mon assiette de fraises, mais de se reproduire et les stolons lui offrent une alternative très au point; ceci fait qu'ils e se donnent guère de mal pour venir à fruit si les conditions sont limites. Ce ne sera pas le cas de haricots qui viendront à fruit, mais ne produiront pas grand chose si l'eau est insuffisante...
Je dis que des béquilles (utiles pour des cultures "pointues") empêchent d'observer directement* et l'expérience ce n'est pas s'inspirer de dictons...

* C'est une des dérives actuelles en médecine où l'examen clinique est en grande partie remplacé par une imagerie médicale qui ne devrait qu'affiner le diagnostic.
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Did67
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Re: Une prairie potagère ?

Message non lupar Did67 » 22/08/19, 13:57

Je crois qu'il faut distinguer deux mécanismes, même si dans la pratique, ils se "mélangent":

a) manque d'eau (et donc sécheresse agricole au sens propre = il manque de l'eau dans le premier mètre du sol ; lié au manque de précipitations durant la saison de culture, exacerbé par vent et températures élevées qui "boostent" l'évapo-transpiration, donc les "pertes d'eau")

L'eau est à la fois la clim des plantes par la transpiration, un des "aliments" majeurs (ingrédient de base de la photosynthèse telle que résumée dans l'équation-bilan de la formation des glucides dans le cycle de Krebs : 6 CO2 + 6 H20 donnent C6H12O6 + 6 O2.

Et enfin, c'est le véhicule qu'empruntent les substances solubles (éléments minéraux ou molécules organiques solubles) pour rejoindre et alimenter les cellules, mais aussi pour évacuer la MO produite vers les organes de stockage.

On voit donc tout de suite que quand l'eau manque, tout se grippe : les feuilles surchauffent (donc les mécanismes ralentissent, notamment parce que les enzymes sont des protéines), les cellules sont mal ravitaillées, la production s'évacue mal, et en plus, un des ingrédients est moins présent -même s'il y a toujours de l'eau dans le "jus" de la cellule à ce stade...

[Comme tout l'été les médias n'ont cessé de s'emmêler les pinceaux à ce sujet, je précise que la sécheresse hydrologique n'a rien à voir avec la sécheresse agricole. Il s'agit du niveau bas des nappes et cours d'eau. C'est lui qui justifie les mesures de restrictions / réglementation des usages. Les nappes se remplissent à partir du trop plein d'eau lié aux précipitations d'hiver : lorsque les réserves du sol sont pleines après les pluies d'automne, l’eau percole et recharge les nappes. L'été, qu'il pleuve ou non, en général, l'eau qui tombe alimente le sol superficiel et les plantes. Elle ne recharge pas les nappes. Il y a un lien, indirecte : ces pluies d'été diminuent les prélèvements - notamment, on en a parlé, les volumes considérables qu'il faut pour irriguer]

b) la température

Comme n'importe quelle cellule vivante, les cellules des végétaux sont sensibles à la température. Vers 60° elle grille. Et tout particulièrement les organes reproducteurs, plus sensibles. Les fleurs sont le stade le plus critique au niveau des gelées de printemps parce que pistils, pollen et étamines sont très fragiles, très sensibles...

De la même façon, ces organes sont sensibles aux températures très élevées l'été.

La canicule (donc les températures très élevées, et généralement un manque d'abaissement nocturne) est fatale à la floraison. Très exactement, soyons précis, à la fécondation ! Les fleurs se forment, mais avortent. Pour cette raison, beaucoup de légumes (et d'arbres fruitiers) ne peuvent être cultivés sous climat tropical, malgré les déluges de pluie. Ce n'est pas l'eau qui manque, mais les températures qui sont trop élevées (en particulier les températures nocturnes). Pas d'agrumes ou d'olives ou de pêches en Côte d'Ivoire !

A noter que par un autre mécanisme, sécheresse et température élevées induisent la floraison - la plante, qui peut mourir, va essayer de produire une descendance. Vite fait, s'il le faut. C'est les montées en graines précipitées chez beaucoup de plantes soit bisannuelles (cote de blette, betteraves rouges, ail, oignons...) soit annuelles (laitues, scaroles)...

Dans les "canicules" type cette année, on a les deux - sécheresse agricole et canicule - mêlés !

Chez les fraisiers, framboisiers, tomates, concombre, chez moi les fleurs ont avortées. Sur mes concombres, notamment ceux de la serre insuffisamment ventilée, il y a toute une section portant des petits fruits desséchés. Les framboisiers n'ont recommencé à produire qu'il y a une bonne dizaine de jours (alors qu'il n'y a pas eu de pluie, mais les températures baissent). Les tomates n'ont produit que tard, après une poignée de fruits précoces, formés avant la canicule. Puis plus rien. Et maintenant, maturation des fruits formés après la canicule et production qui "monte"...

Et cette année, j'ai même un gag suprême : tout l'été, en raison de températures levées, remontées d'air lourd méditerranéen (mais pas assez pour que les orgas éclatent chez moi !), ciel clair et températures matinales fraiches (sauf durant les deux canicules), j'ai eu de la rosée. Et donc le mildiou !!!
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Re: Une prairie potagère ?

Message non lupar Did67 » 22/08/19, 14:07

nico239 a écrit :
La question qu'on peut se poser alors c'est : pourquoi les professionnels qui sont bien plus ... professionnels que nous, simples jardiniers, utilisent ces instruments (et pas que le tensiomètre)...



Parce que pour obtenir des rendements élevés (notez qu'en cas de canicule, la production agricole française n'est impactée que de quelques % ; cela passe inaperçu ; chez nous, petits amateurs, les productions sont parfois nulles... parfois simplement ridicules - je parle de moi, entre autre) les professionnels jonglent en permanence entre deux extrêmes :

a) trop arroser et perdre de l'argent : le pompage, quelques taxes, cela pèse dans le budget d'une culture ; c'est du travail, qui soit coûte (salariés), soit est une astreinte : le "tour d'eau" peut bien s’arrêter à 23 h et il faut déplacer le matos (car évidemment,; au prix des machines, on n'en a que le minimum) !

b) ne pas arroser assez, et subir des baisses de rendement ; pour cela, les professionnels essayent de rester dans la zone de confort des plantes, où elles gazent à fond ! Donc en gros et à la louche, de ne pas entamer plus que la moitié de la RU du sol. Après, la succion augmente (attention que la plupart des "courbes" que vous verrez sont en échelle logarithmique), la plante, sans même flétrir sérieusement, "ralentit" son activité, ferme (ne serait-ce que pendant les heures les plus critiques 12 h - 18 h) ses stomates...

Les calculs à partir de l'ETref et les précipitions est approximative, même si les modèles se perfectionnent.

Donc pour un prix ridicule (de leur point de vue), cela permet de "refaire les zéros", en suivant la tension de l'eau dans le sol.

Avec des prévisions météo plus précises, c'est une aide à la décision importante.

Mais il est exact que nous autres pauvres branlicoteurs, on est tellement approximatif que c'est de la confiture aux cochons ! Mais j'aime la confiture, bordel !!! Pas vous ?
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Re: Une prairie potagère ?

Message non lupar Julienmos » 22/08/19, 15:09

Did67 a écrit :J L'été, qu'il pleuve ou non, en général, l'eau qui tombe alimente le sol superficiel et les plantes.


l'été souvent, il ne pleut pas assez pour que l'eau pénètre suffisamment pour atteindre les racines de beaucoup de légumes.

Est-ce qu'une petite pluie, qui ne mouille que la couche très superficielle du sol (disons, 2 ou 3 cm maxi) peut tout de même leur être bénéfique ?

(pour ce qui concerne les adventices, je n'en doute pas une seconde,... mais nos légumes ?)
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Re: Une prairie potagère ?

Message non lupar Julienmos » 22/08/19, 15:16

au passage, petite remarque, étonnant qu' on ait (malgré canicules et sécheresse) une aussi belle production de mirabelles !

mon arbre est bien plein, de plus elles sont bien grosses, colorées, parfumées, juteuses, sucrées... une grande année ! les guêpes apprécient, elles aussi :lol:
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Re: Une prairie potagère ?

Message non lupar nico239 » 22/08/19, 15:55

Ahmed a écrit :mieux vaut essayer de comprendre que de garder les yeux sur les cadrans...


:wink: les 2 mon général.



Ahmed a écrit :je voulais insister par là sur le rapport étroit entre la production légumière et l'eau (dans maraîchage, il y a marais)...


T'es sur?
Il ne me semble pas qu'il y ait le moindre rapport...
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Re: Une prairie potagère ?

Message non lupar nico239 » 22/08/19, 16:10

Ahmed a écrit :Je dis que des béquilles (utiles pour des cultures "pointues") empêchent d'observer directement* et l'expérience ce n'est pas s'inspirer de dictons...


Il faudrait rechercher dans les archives des forums sur le net au 18ème siècle :mrgreen: mais le débat a sans doute eu lieu entre jardiniers à propos du thermomètre.

Ceux qui savaient reconnaître les «bruits du gel» comme «la branche de saule qui craque maintenant sous un nouveau poids de gel» (Giono) devaient railler ceux qui prétendaient s'aider du thermomètre et/ou du baromètre...

Quel jardinier de nos jours se passerait des indications du thermomètre?

Les instruments ou les mesures ne sont là que pour indiquer... pas pour intimer.
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Re: Une prairie potagère ?

Message non lupar nico239 » 22/08/19, 16:17

Did67 a écrit :Mais il est exact que nous autres pauvres branlicoteurs, on est tellement approximatif que c'est de la confiture aux cochons ! Mais j'aime la confiture, bordel !!! Pas vous ?


Si si :mrgreen:

Et puis il n'y a pas que les légumes dans la vie : il y a aussi le sol.

Si on a la possibilité de maintenir un certain équilibre «hydrique» (je ne sais pas si j'emploie le bon mot) ne serait-ce que pour la vie du sol qui elle-même profitera aux plantes etc (patati et patata)... pourquoi s'en priver?
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Re: Une prairie potagère ?

Message non lupar nico239 » 22/08/19, 16:19

Julienmos a écrit :au passage, petite remarque, étonnant qu' on ait (malgré canicules et sécheresse) une aussi belle production de mirabelles !

mon arbre est bien plein, de plus elles sont bien grosses, colorées, parfumées, juteuses, sucrées... une grande année ! les guêpes apprécient, elles aussi :lol:


Tous ceux que j'ai vu plein n'étaient pas loin de l'eau....

Le tien est dans un coin sec?
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Re: Une prairie potagère ?

Message non lupar Did67 » 22/08/19, 17:51

nico239 a écrit :
Ahmed a écrit :je voulais insister par là sur le rapport étroit entre la production légumière et l'eau (dans maraîchage, il y a marais)...


T'es sur?
Il ne me semble pas qu'il y ait le moindre rapport...


Si, si. Il semble bien que cela soit le cas : https://www.cnrtl.fr/etymologie/mara%C3%AEcher

Petite nuance : ces marais devenaient "maraichages" souvent après des travaux de drainage, avec canaux et système de vannes / écluses...

A Strasbourg, la Robertsau a été longtemps le quartier des maraichers. Et "aue" était un mot germanique pour "prairies humides, marais"...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Robertsau

Les "hortillonnages" sont de nos jours encore des jardins maraichers quasiment flottants à Amiens, St-Omer ou encore à Bourges.

https://www.google.com/search?client=fi ... 99935!5i13

A noter qu'avant drainage (d'où le réseau de canaux et les visites en barque), ces endroits étaient inconstructibles et avaient accumulés de la tourbe. Donc la présence d'eau est favorable aux potagers. Mais aussi le fait que la place n'étaient pas encore prise. Et qu'il y avait une accumulation de MO que le drainage permettait de minéraliser - donc créer de la fertilité, par aérobiose.
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