Ahmed a écrit :
si j'ai bien compris, ce n'est pas cette formation qui a été déterminante dans ton cheminement, elle s'y opposait plutôt.
Pour terminer ma petite incursion autobiographique - après tout, on commence à bien se connaître !
Tu te trompes.
Je fais partie de cette minorité de jeunes qui savaient à 15 ans (3ème) ce que je voulais faire : ingénieur agronome.
Je venais de lire un article dans Sciences et Vie (je crois) où il était question de "révolution verte" [qui était alors un concept "d'intensification à base d'intrants"], de René Dumont [qui n'était pas encore "écolo" et promouvait le "progrès" dans les rizières du Vietnam, sous forme d'engrais, de sélection...].
Donc l'agronomie, cela a été ma vie (au-delà du professionnel).
Simplement, je n'ai pas poublié de rester curieux. Ce qui est plutôt une qualité pour un scientifique.
Et personne n'a jamais réussi à me faire gober une recette au seul motif que "c'est comme ça !".
Ensuite, tout n'a été que choix :
a) celui, fondamental, d'être "dans le système" pour le changer un peu (plutôt que d'avoir raison tout seul)
Si tu as accès à 1 000 personnes, tu peux soit, par une position modérée, faire bougers 750 de 10 %. Cela fait un impact de 750 x 0,10 = 75.
Tu peux, par une attitude extrémiste, convaincre 5 personnes de bouger de 90 %. Cela fait un impact de 5 X 0,9 = 4,5.
Le plus efficace est sans conteste le premier choix.
[On peut ne discuter cependant, s'agissant par ex de Mandela et du régime d'apartheid. Je parle donc plutôt en tant que technicien qu'homme politique]
C'est ce que j'ai fait durant toute ma vie professionnelle. Au prix de conflits, tensions, doutes, découragements... Une carrière où je n'aurais jamais été viré, mais où j'ai démssionné 5 fois. J'ai souvent pleuré. Sans jamais m'arrêter. Je pense que mon coeur a morflé pour ça aussi.
Et maintenant, jeune retraité, je me paye
le luxe d'être extrémiste, en tant que jardinier paresseux. Un peu dans la provoc. Mon luxe de jeune vieux garçon impoli !!! C'est un de mes "plaisirs minuscules".
b) celui de garder la main dans le cambouis
Partout où je suis passé, j'ai cultivé, jardiné, essayé, observé, raté, recommencé...
J'ai impressionné des paysans analphabètes non pas parce que j'étais blanc, ni parce que j'étais ingénieur : je les ai impressionné lorsque j'ai pris en main un "cultivateur" - il s'agit de l'appareil de grattage du sol à dents - attelé derrière deux boeufs que j'avais dressé et qui obéissait à la parole !
c) celui de "picorer"
J'ai eu la chance de rencontrer beaucoup d'experts. Certains célèbres. Certains vraiment cons. Quelques rares, vraiment intelligents.
J'ai discuté et discuté. J'ai souvent convaincu. L'un voulait me faire rentrer à la Banque Mondiale et m'a laissé sa carte. Tu te rends compte : j'aurais pû croiser Strauss-Kahn !
Voilà, mon ami, je pense que c'est suffisant comme "outcoming". Cela rétablit la vérité : passionnément agronome depuis tout jeune.
C'est le mot "agronome" qui a été dévoyé en "agro-chimiste" et/ou "agro-machiniste" depuis un demi-siècle.