Message non lupar Did67 » 13/05/21, 09:12
Pour cerner ce "problème", il te faut raisonner deux choses :
a) le stock de tel ou tel élément, sous différentes formes, dans le sol ; et considérer le sol comme un "compte en banque" (dans mon second livre, je crois, je parle de la boite à chaussure dans laquelle on gère l'argent du ménage) ; et donc ce qui rentre ; ce qui sort et le bilan ; donc un couvert ne sort rien ; mais il "emprunte" ; il y a donc "concurrence" à certains moments, sans que cela ne soit une perte...
b) le fait que tel ou tel élément peut se trouver en différents endroits, sous différentes formes, dans le sol : dissout dans la solution du sol (peu), adsorbé sur les colloïdes du sol ("complexe argilo-humique" - CAH) (beaucoup plus ; mais il y a des échanges entre la solution et ce stock dans un sens comme dans l'autre) ; forme organique (ce qui est dans les organismes vivants, racines, plantes, bactéries, champignons, etc et dans les matières mortes plus ou moins décomposées)... Ces derniers connaissent des cycles : à certains moments, ils "piquent" dans le stock ; à d'autres moments, leur décomposition (minéralisation) alimente les stocks...
Cette vision "dynamique" est très difficile à cerner.
Pour moi, ne compte que deux choses : le bilan (mon sol s'enrichit ou s’appauvrit - avec le foin, qui est donc un "input", il s'enrichit ) et la vitesse des cycles (à certains moments, en sortie d'hiver, tel ou tel élément peut être insuffisant - azote).
Deux ou trois contrariétés à ces raisonnement trop simple :
a) l'azote (et le soufre, qui fonctionne un peu pareil), qui a un cycle beaucoup plus complexe, avec plein d'entrées (fixation symbiotique, fixation non-symbiotique, minéralisation des MO dont les substances humiques) et plein de sorties (lessivage des nitrates, dénitrification, ammoniaque qui peut s'échapper, etc)
Pour l'azote, le raisonnement en "stock" n'est pas pertinent : il "tourne" trop vite... Entre sol, plantes et atmosphère.
b) certaines insolubilisation : certains éléments deviennent en quelque sorte des "roches" - notamment le P en milieu trop riche en calcium (il se forme du phosphate tricalcique, insoluble enfin très peu soluble)
Du coup, le raisonnement, en effet, dépend.
Pour un agriculteur "chimiste", il nourrit ses plantes par des engrais solubles - il ne connait que le couple solution du sol / CAH ; donc que ce qui est immédiatement disponible. Pour lui, bien entendu, une adventice, qui tape là-dedans, est seulement une concurrence pour ses plantes. Il éradique. On peut pousser ça à l’extrême avec l'hydroponie (ou ces "fermes urbaines verticales") qui poussent ce raisonnement à sa simplification extrême : mettre les plantes sous perf stériles ! (et dire que des bobos idolâtrent ça comme un avenir pour l'agriculture !!!)
Pour moi, il y a système, dans lequel les adventices font de la photosynthèse et "nourrissent" le sol (en énergie ; les minéraux, elles l'empruntent au sol). Il y a bien une concurrence pour les minéraux, à un moment donné. Mais sur le moyen terme, ces adventices entretiennent les champignons mycorhiziens qui vont par exemple "attaquer" le P insoluble. Le cycle d'après, ces adventices étant matées par ma couche de foin, j'ai plus de P ! Si ce sont des légumineuses, elles me pompent de l'N de l'air, qu'au cycle suivant mes légumes peuvent utiliser (après minéralisation - donc selon les conditions météo : humidité et température du sol).
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