Retour sur la conférence de Copenhague

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Retour sur Copenhague par R.Guillet

Rémi Guillet est Ingénieur ECN (ex ENSM), il a été diplomé en 1966. Il est docteur en mécanique énergétique de l’Univ. H. Poincaré Nancy 1 (2002) et a un DEA Economie Paris 13 (2001)

Débat et analyes: le non sommet de Copenhague

Feu 2009, et 2010 ouvre son cycle « solaire ».

Ainsi évolue notre planète autour de son « pivot » : le Soleil, astre essentiel à la vie sur la Terre, si précaire et fragile soit-elle ! Mais avant de tourner la page, que restera-t-il de l’année achevée ? Sans doute pas le « sommet de Copenhague » à moins de s’intéresser au florilège des rendez-vous ratés comme on revoit un bêtisier!

Pour le monde, les lampions de la capitale danoise se sont éteints dans une quasi panique d’entendre des huées venues de citoyens ordinaires mais convaincus de l’importance de l’enjeu débattu.

On peut dire qu’après ce sommet la déception est à la hauteur du trop plein d’espoir de tous, sinon d’une grande majorité participants indoor et outdoor, observateurs de tous rangs, sans parler des plus engagés et sensibilisés à la problématique environnementale, « KO debout » (à la manière de l’armée de Cambyse (1) ).

Et la perspective d’un « vivre ensemble », consensuel, au niveau mondial, pour affronter la nouvelle donne climatique, énergétique est redevenue l’utopie des utopies.

Ainsi les Responsables du Monde et leur cohorte de sherpas sont rentrés de ce rendez-vous annoncé comme un tournant à ne pas manquer, déterminant pour notre survie…Rentrés discrètement, d’abord satisfaits de ne pas avoir dérogé à leur mission de défense de « leurs intérêts domestiques » pour laquelle ils sont mandatés démocratiquement…Rentrés sans pouvoir se dispenser de déverser dans l’atmosphère pour leur retour, la deuxième tranche des quelques centaines de milliers de tonnes de gaz à effet de serre nécessaires à leur « transport » aérien…

Nous ne voulons revenir ici sur la taxe carbone mais plutôt rappeler que le carburant des aéronefs (le kérosène) contrairement aux carburants et autres combustibles fossiles « terrestres » n’est toujours pas taxé! Ceci depuis la convention de Chicago au lendemain de la deuxième guerre mondiale…disposition alors prise pour « lancer » ce type de transport qui reste encore aujourd’hui particulièrement boulimique en consommation de carburant avec un impact désastreux sur la haute atmosphère. On note même que c’est au contraire le low cost aérien qui aujourd’hui se développe suivant en cela une recommandation d’une célèbre et récente commission pour la libéralisation de la croissance française (2). De quoi méditer !

De même, la diaspora écologiste a pu recouvrer son statut de mouvement mondial (diffus) en opposition aux challenges officiels de croissance et autre développement. Un mouvement probablement affaibli, par l’incapacité des « politiques » à faire un pas en avant, affaibli par les échos venus d’un collège de « scientifiques » peu sensibilisés ou même « sans foi » vis-à-vis du poids de l’activité humaine sur un réchauffement planétaire encore très hypothétique pour certains d’entre eux…et qui ont su saisir l’opportunité « Copenhague » pour se faire entendre et semer le doute. Pour ceux là, on aurait à nouveau envie de s’attarder sur le bien-fondé du respect du principe de précaution « quand on ne sait pas  » ou encore sur l’importance à ménager la ressource pétrolière notamment, quand on a conscience de tout ce que la croissance occidentale des cinquante dernières années lui doit quand on nous ressasse que le « tonneau a un fond » qu’on entrevoit désormais !

Ainsi, l’échec de Copenhague peut-il être redoutable…

A l’opposé, parmi les résultats les plus pertinents de cette rencontre onusienne, on voit un peu plus combien des règles décisionnelles appropriées sont nécessaires à la « gouvernance mondiale » (3). En effet, comme au niveau des Etats démocratiques où – en pratique – le consensus ne peut être la règle décisionnelle, le plus équitable ne serait-il pas que, chaque pays disposant d’une voix, les décisions onusiennes se prennent aussi selon la règle du scrutin majoritaire?

Mais revenons sur l’enjeu économique sous- jacent à ce sommet…

On fera passer sur le compte du manque de sommeil, d’un labeur ininterrompu, les propos de notre Ministre de l’écologie, de l’énergie tenus lors d’un debriefing à chaud, avouant avoir mal perçu l’enjeu économique sous jacent à ce sommet !!!

Quand on sait – répétons le – ce que le développement économique et autre croissance doivent aux énergies fossiles (4) on reste pantois !

Ainsi, la nécessité de l’émergence d’un nouveau modèle est un préalable à un vrai changement de cap, d’abord pour des raisons écologiques, ensuite pour raison de raréfaction du patrimoine énergétique fossile.

En attendant, le modèle de développement en cours reste le « miroir aux alouettes » des pays émergents et de ceux qui aspirent à l’être. En effet, on sait qu’après les problèmes environnementaux et les dérives climatiques aux conséquences de plus en plus désastreuses (au coût sociétal de plus en plus élevé (5)), la population mondiale, en croissance démographique exponentielle, n’a aucune chance de réaliser son « rêve occidental » dans ce contexte de raréfaction… et de proche disparition de la manne de l’énergie « facile » (fossile).

Le projet mondial doit donc s’ingénier à proposer à tous les pays un futur équitable, c’est-à-dire donner les chances aux pays émergents de développer des technologies adaptées au nouveau contexte, aux pays pauvres de les suivre sur cette voie, aux pays dits développés d’amorcer un changement de cap indispensable…vers de nouveaux défis plus qualitatifs, moins quantitatifs, plus soft, moins hard (6).

Une voie médiane empreinte de sagesse

Il est probable que, dans son for intérieur, la grande majorité des hommes politiques – et des plus grands – soit repartie de Copenhague avec, intacte, l’idée qu’elle devait mais ne pouvait s’engager plus avant, avec l’idée que l’enjeu dépassait son mandat.

Cependant, comme nous l’avons déjà écrit, les Etats finiront nécessairement par s’entendre mais sur des dispositions minimalistes (5) qui devront ensuite être appliquées par tous (un vrai défi en soi !).

Ainsi, ce texte voudrait à nouveau souligner que, suivant des stratégies de changement de cap voulues et soutenues par le plus grand nombre des citoyens, chaque pays peut dès maintenant aller au delà des prescriptions pouvant exister en encourageant, via des détaxes et autres crédits d’impôts, tous ses ressortissants, personnes civiles ou morales, publiques et privées à être le plus vertueux possible: une préparation précoce à un futur inéluctable étant une stratégie très vite gagnante pour tous!

Et après la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) – un concept aujourd’hui très en vogue – il faut donc mettre en exergue celui de la responsabilité sociétale des pays (RSP)!

Les attendus de l’éducation

La population adulte actuelle aura beaucoup de mal à se défaire de ses « canons de la réussite » passant par l’apparence, le matériel par un besoin de « toujours plus » de technologie, de déplacements encore prête à choisir le 4×4 ou autres grosses berlines pour le fun, probablement prête à accepter le port de masque à gaz si la pénurie annoncée du pétrole devait se faire trop attendre, en cela devancée par la problématique sanitaire!

Alors il faut miser plutôt sur la prochaine génération, aujourd’hui adolescente, pour lui enseigner d’autres formes de « richesses » (7), plus intérieures et intimes que « small is beautiful », que la planète est belle à proximité de chez soi, que la pratique de cette proximité déclinée de mille façon est bourrée de vertus écologiques et ainsi préparer l’assise indispensable à la construction d’un autre modèle de développement, à la mise en place d’autres défis de réussite individuelle et collective…plus soucieux de retombées globales, d’équité, de long terme…

Ainsi, avec les RSE (Resonsabilité Sociétale des Entreprises) et RSP (Responsabilité Sociétale des Pays) le concept de Responsabilité Sociétale Citoyenne (RSC) est aussi à promouvoir !

Nous avons écrit ce texte au lendemain de la clôture dudit sommet de Copenhague. Pour des raisons techniques il n’a pu être diffusé avant janvier. Alors quelle est son utilité à paraître plusieurs semaine après, à revenir sur un « non évènement » ? Bien sûr au lecteur d’en décider!

Pour ce qui nous concerne nous avons fait le choix de ce « Retour laconique sur Copenhague » pour souligner combien il sera difficile de rompre avec un modèle de développement qui a fait rêver, qui fait rêver, qui fera encore rêver (comme on rêve avec regret du passé !), rêve d’autant plus fort et entretenu qu’on ne lui connaît pas d’alternative!

Ainsi rompre avec le modèle en cours nécessite une remise en cause radicale de notre culture (civilisation ?). En inventer une autre exigera beaucoup de temps mais d’abord suppose une conjoncture qui ne semble pas encore là…

Références:

(1) Cette métaphore s’est imposée comme une évidence en raison du parallèle entre la cause de la disparition de cette armée, due à un phénomène environnemental naturel hors norme et la cause qui anime le combat écologique. (Cambyse était un roi Perse qui, en 525 avant J-C, entreprit de conquérir l’Egypte puis s’acharna à détruire les traces du passé religieux égyptien. Selon la légende, les 50000 hommes qui composaient son armée moururent alors, « debout », tous ensevelis par une tempête de sable fulgurante…)
(2) Commission pour la libération de la croissance – Rapport Attali 2007 –
(3) Voir sur ce site l’article « G 8, G 13, G 20″ : Rejoignons le point de vue de Joseph Stiglizt »
(4) Voir sur ce site l’article « Energie et croissance : une brève synthèse« 
(5) Voir le chapitre consacré à la « responsabilité sociétale et gouvernance de l’entreprise » par R. Guillet, dans le livre de Laurent Leloup et consacré à « La finance durable » (parution début 2010)
(6) Voir sur ce site l’article « Plaidoyer pour une autre croissance »
(7) Voir sur ce site « Petit texte sur l’Avoir et l’Être » ou les deux faciès de la « richesse »

Débat et analyes: le non sommet de Copenhague

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