Potager paresseux sol paille

Le Potager du Paresseux: jardiner sans efforts avec du foin…

Partagez cet article avec vos amis:

Le Potager du Paresseux : jardiner sans efforts avec du foin. Le foin : un super-matériau « 4 en 1 »

DR photos: Didier Helmstetter.

Photo d’introduction: légumes cultivés dans un sol jamais travaillé – ni bêche, ni pioche, ni binette, ni grelinette… Et bien sûr, sans utiliser de motoculteur !

L’utilisation de foin, en lieu et place d’autres matières (paille, compost, écorces, feuilles mortes…), est la clef du dispositif. Il joue 4 rôles essentiels, ce qui permet au jardinier de paresser.

D’abord, comme toute couverture opaque (si l’épaisseur est suffisante), il bloque les adventices annuelles, qui ne germent plus. Pas besoin de biner ou de piocher.

Ensuite, il entretient une intense vie biologique dans le sol, avec notamment les vers de terres (particulièrement ceux du groupe des «vers anéciques », qui creusent des galeries verticales). Ils seront nombreux et très actifs car bien nourris. En réalité, c’est toute une armada d’organismes qui se mettent à l’œuvre pour « travailler » et construire le sol. Cette activité aboutit à la sécrétion de glus. Elle enclenche un processus d’ « aggradation » du sol (c’est le contraire de la « dégradation »). Ainsi naturellement, sans aucun travail, cela conduit, en quelques mois, à un sol «qui se présente comme du couscous ». Inutile de bêcher ou de passer la grelinette. « Et surtout, ne pas utiliser de motoculteur, qui massacre les vers en les déchiquetant ! »

Vers de terre et paille
En « grattant » un peu, les vers sont partout, sous la couverture qui les nourrit et les protège…
Turricules 
Les « turricules » sont les indices d’une intense activité d’un groupe de vers – les vers « anéciques », qui sont les véritables auxiliaires du jardinier, ceux qui creusent des galeries verticales…Car il y a « vers et vers » !

Par ailleurs, la couverture assure une protection du sol et de ses organismes contre les agressions : les « grumeaux » (agrégats) qui se forment ne sont pas dégradés par le choc des gouttes de pluie ; même sous des orages violents, et malgré la pente, il n’a a aucune trace d’érosion, pas de particules fines emportées ; la fertilité reste. Protégé du vent et du soleil, le sol est maintenu humide ce qui favorise l’activité des organismes et la croissance des végétaux. Pas besoin de sarcler pour que le sol reste meuble et aéré.

Enfin, la décomposition du foin fournit au sol, et par là aux plantes, tous les éléments nutritifs indispensables à leur croissance. Et pas seulement les quelques éléments « majeurs » (les fameux N-P-K) qu’on apporte avec les engrais. Ces éléments ont été prélevés dans la prairie, lors de la croissance de l’herbe, qui a absorbé tout ce dont une plante a besoin. Le foin est donc aussi un « engrais organique très complet », à libération lente puisqu’il doit d’abord être décomposé, ce qui se fait naturellement selon le rythme de la croissance des plantes (les organismes du sol qui s’en chargent suivent aussi le rythme des saisons). Inutile de fertiliser ! Même le fumier, « qui n’est que ce qui reste du foin quand il a traversé le tube digestif des animaux, qui y ont prélevé leurs nutriments, mélangé à de la paille, plus pauvre encore », est sans intérêt !

Laitue du potager maison plus que bio
Laitue cultivée sans travail du sol, sans fertilisation, sans aucun traitement…à croquer !

Voilà, en très résumé, les « ressorts naturels » sur lesquels s’appuie cette façon de faire… Et cela explique pourquoi les résultats sont si spectaculaires.

Il est à noter que la paille (sauf à utiliser de la paille « bio ») renferme des résidus des divers traitements subis par la céréale, dont des fongicides souvent pulvérisés quelques semaines seulement avant la récolte, des raccourcisseurs, des herbicides, alors que le foin issu de prairies naturelles n’a, en règle générale, pas été traité. « Raison de plus pour privilégier le foin à la place de la paille ! »…

Dernière surprise : « Il est aussi à noter que cette façon de faire marche bien mieux et plus vite en installant son potager dans une prairie ou un gazon ou même une friche ». Dans un jardin « classique », le sol aura été matraqué et en partie empoisonné, la population de vers anéciques sera faible voire inexistante en cas d’usage intensif du motoculteur, d’engrais minéraux et de certains pesticides même « bio » (le cuivre, couramment utilisé en « bio », est un poison pour le sol, les vers, les champignons, les mycorhizes ; il s’y fixe). Dans le cas d’un tel sol, il faudra persévérer parfois une demi-douzaine d’années avant que les mécanismes naturels ne reprennent le dessus ! Dans une prairie, il suffira de 6 mois ou 1 an pour que tout soit « top » !

Bonus: Didier en vidéo qui nous présente la Sillon’net, petit outil de sa conception (avec l’aide de membres des forums du site Econologie) pour couper le foin au sol

En savoir plus:

Suivi des travaux sur le potager de Didier H. depuis 2014

Introduction sur le Potager du Paresseux

20 commentaires sur “Le Potager du Paresseux: jardiner sans efforts avec du foin…

    1. Une fois installé, le liseron est en effet un problème. En « jardinage classique » comme avec ma façon de faire. Même le fameux herbicide très controversé de la marque très controversée promet son éradication. Vous pouvez essayer, mais il reviendra !
      Le mieux, quand on peut : partir d’une prairie non « polluée », sans liseron, et ne pas l’installer (par achat ou échanges de plants).
      Pour ma part, une moitié du jardin est vierge et une autre moitié est un ancien jardin, redevenu prairie, « moyennement » contaminé. Comme je m’épargne pas mal de travaux, je consacre quelques minutes par jour à l’arracher, le plus profondément possible. En deux ou trois ans, il s’épuise, après s’être « bonzaïsé ». A condition de ne jamais lui laisser la moindre chance – dès qu’il y a des feuilles, le rhizome se « recharge » en énergie.
      Le sujet est abordé plusieurs fois dans econolgie : http://www.econologie.com/forums/agriculture/jardiner-plus-que-bio-en-semis-direct-sans-fatigue-t13846.html [utiliser « liseron » dans le moteur de recherche interne au site]
      Le Jardinier Paresseux

    1. A ma connaissance, ce n’est pas la région ou la météo qui jouent.
      La méthode n’est efficace que contre les adventices annuelles, qui se ressèment chaque année. Et cela à deux conditions : a) maintenir une couche en permanence, d’un bout à l’autre de l’année ; b) maintenir une couche suffisamment épaisse pour « bloquer » la lumière (je mets une vingtaine de cm de foin tassé tard à l’automne ou très tôt à la sortie d’hiver. Elle ne l’est pas contre les adventices « vivaces », qui survivent sous terre d’une année à l’autre ; au printemps, elles produisent des rejets, à partir des réserves accumulées dans un organe : rhizome, tubercule, souche… Celles-là, je les arrache. Quand le sol s’ameublit après une année de couverture, on arrache l’adventice, ses racines, son organe souterrain sans difficulté (sauf le liseron !). Et les vivaces régressent alors très vite aussi.
      Enfin, pour être complet, il ne faut par chercher la perfection : la première question à se poser est « est-ce que cela nuit à mon jardin ? ». Je laisse toujours les adventices sur les parties non occupées par des légumes : elles fabriquent de la biomasse qui nourrit mes vers ; elles entretiennent des organismes vivants dans le sol grâce aux sécrétion des racines dans la « biosphère ». Pourquoi se fatiguer à semer des engrais verts ?
      Le Jardinier Paresseux

  1. Bonjour, dans la prairie comment tu mets en culture, juste le foin ne suffira pas ou bien tu sèmes dans le foin et non dans le sol???? je n’y connais pas grand chose. merci

    1. Dans la prairie, la première année, je ne sème pas. Je tonds, je recouvre d’une couche épaisse de foin et je plante (des plants élevés en godets), même si le sol est « dur »… Et j’arrache donc quelques « vivaces », qui vont percer cela. Environ 6 mois après, il ne reste trace des « herbes ». A l’automne ou l’année d’après, je peux semer sans problème avec mes sillons…
      Mais il vaut mieux toujours semer dans le sol, dans des sillons. Puisque le foin est là aussi pour « bloquer » la germination des annuelles, il bloquera la germination de ce que tu sèmes – il ne fait pas la différence ! Donc il faut ouvrir des sillons, de sorte à ce que la lumière arrive au sol, et semer là-dedans, à partir de la deuxième année donc.
      Vous comprendrez qu’il ne m’a pas été possible de tout expliquer dans un article. Je vous invite à suivre sur éconologie, où cela est mieux expliqué sur 140 pages !
      Didier, le Jardinier Paresseux.

  2. Je pratique un peu comme ça; un peu de travail du sol et beaucoup de mulch (foin, tonte…).
    Je suis d’accord avec Didier, mais j’ai 2 problèmes:
    Les merles qui bouleversent systématiquement mon paillis… et les semis avec ! (plus je mets de foin, plus j’ai de merles). Comment chasser les merles ?
    Les taupes qui se régalent des vers de terre et transforment le terrain en montagnes russes… en coupant quelques plants sur leurs passage. (j’en piège une dizaine chaque année, mais il en vient toujours).
    Ca devient un gros problème, au point où je pense arrêter temporairement le paillage.
    J’ai aussi une invasion de fourmis souterraines et de pucerons de racines dans ma serre depuis 2 ans, mais je ne pense pas que ce soit lié au paillage. Comment s’en débarrasser ?
    …mais qui n’a pas ses petits soucis !

    1. Désolé, j’avais zappé, à l’époque :
      – j’ai le même problème avec les merles ; ils sont attirés par les vers « épigés » (de surface), un met de choix pour eux ; je tends des filets anti-oiseaux par dessus les semis ; pour les plantes plus développées, cela ne fait plus de dégâts…
      – je ne pensais pas que les taupes puissent atteindre un tel développement et devenir nuisibles ; elles sont en effet, attirées par les vers ; elles peuvent sectionner des racines sur leur passage mais ne font pas les mêmes dégâts que les campagnols terrestres ou rats-taupiers, que j’ai en masse ; et que je piège…
      – j’ai eu aussi, cette année, des fourmis et des pucerons des racines (je pense que sous terre comme elles le font sur les végétaux, les fourmis « élèvent » et traient les pucerons) ; j’ai mis ça sur le compte du déséquilibre créé par l’excès de pluviosité en début d’été, le sol trop froid et l’absence de tout plein d’auxiliaires cette année… La serre est un « système complexe », plus artificialisé. Je n’en ai pas encore mais j’y songe…

  3. Cela fait quelques semaines que j’ai commencé l’amorçage d’un potager du paresseux, voir: http://www.econologie.com/forums/agriculture/comment-commencer-un-potager-du-paresseux-les-etapes-et-conseils-t14895.html

    Je pense qu’on peut ajouter un 5ième effet (indirectement inclus dans le terme de « protection » dans le 3ieme de la liste de Didier mais je pense qu’il mérite un éclaircissement): c’est l’effet de protection thermique!

    En effet; bien plus que la paille utilisée en permaculture, une belle couverture de foin protège thermiquement le sol: je le constate chaque fois quand je dépose des aliments à composter le soir sous la couche de foin, il y a bien quelques degrés de différence de température! Donc qui dit température plus élevé dit activité biologique plus importante!

    J’y vois un inconvénient: en cas de « contamination », les « parasites » (au sens large) risquent de ne pas être totalement tués par le gel en hiver!
    La pensée populaire (peut-être fausse???) prétend qu’après un bon hiver bien froid, le sol est « décontaminé »…

    1. Tout dépendra de la durée de l’épisode froid… Cela « lisse » les variations de température. Mais après 15 jours de – 10°, cela ne va pas empêcher un certain nettoyage… Par contre, un – 15° furtif une ou deux nuits, aura beaucoup moins d’effets…
      L’isolation ralentira la remontée de la température du sol au printemps ou à la sortie de l’hiver. Cela sera alors plutôt un défaut. Il faudra cultiver la patience, avant de semer ou planter. Les cycles biologiques vont tarder… Mon expérience, sauf cette année !, était que cela avait tendance à rattraper par un croissance pus forte ensuite… A nuancer bien entendu selon la culture… Pour les premiers radis, on peut devoir attendre…

      1. Bonjour Didier et merci pour le partage de ton expérience. Actuellement, je suis maraîcher pratiquant un système plutôt « bio-intensif » mais je n suis pas satisfait. Je déménage cet hiver, ce qui me donne la chance de recommencer à zéro, et ton système m’attire énormément. A propos du printemps, qui était l’un de mes freins justement. Pense-tu qu’il serait possible et profitable d’enlever le paillage en février et mars pour réchauffer le sol et éviter un retard de croissance? En tant que « pro », je peux difficilement me permettre un délai, et je n’ai pas envie de recouvrir mon jardin de serre pour palier à ce délai…
        Ou bien, utiliser de la bache noire par dessus le paillage, serait-ce efficace pour faire remonter la température?
        Merci,
        Julien

    1. Non non. Il faut « cultiver la paresse », donc en faire le moins possible. Là, les graminées vont entrer en vie ralentie, les feuilles s’abîmer, la souche reste. Tu passes par-dessus ! Sans lumière, cela ne repassera pas. Si tu mets assez épais, cela ne pourra percer.
      Seules vivaces vont percer (pissenlit, oseille sauvage, chardon, plantain, liseron s’il y en a…). Il te faut, la première année, les arracher le plus délicatement possible, à travers e foin, en essayant d’avoir les racines ou rhizomes ou bulbes (selon la plante).
      Cordialement
      Did67

  4. Bonsoir,
    J’ai un potager bio,,donc je travaille avec la grelinette,je voulais savoir si je devais enlever les mauvaise herbes avant de mettre du foin,j’ai déjà fais la même chose ,avec de la paille .
    Merci de votre réponse
    Jeanne

    1. Tu laisses tomber la grelinette aussi… Au mieux, c’est inutile. Au pire, c’est un peu nuisible (moins que la bêche certes ; beaucoup moins que le motoculteur, bien entendu)…
      Cordialement
      Did67

  5. Bonjour Didier, merci pour le partage de vos connaissances, que vous seul mettez en lumière gratuitement, ou tout simplement dont vous seul parlez.
    Voilà un an que je songe à changer de vie, pour raisons personnelles, et donc de devenir maraicher et vendre aussi des « dérivés » de mes récoltes. depuis un an je regarde toutes les vidéos ayant attrait à la permaculture, et je fais un constat à la fois triste et rassurant: triste car vous êtes le seul en France (je ne regarde que les vidéos francophones) à exposer de manière scientifique (de part votre métier d’agronome) le fonctionnement d’un sous-sol, et rassurant car vous avez osé le faire, et que nous pouvons enfin apprendre. Aussi je crois pouvoir dire qu’en terme de permaculture (mot un peu dépassé dans notre contexte) vous êtes sans conteste le plus parfait des professeurs. Certes l’expérience des plantations associées ou autres vous manquent peut-être, mais les bases élémentaires d’un parfait sous-sol ne sont mises en lumière que par vous-même scientifiquement.
    Tous les amoureux de la permaculture vont voir Damiens Dekarts et autres belles personnes qui ont
    une expérience certaine de la permaculture et qui nous (amateurs) font rêver. Ils nous donnent envie d’essayer… mais vous vous nous donnez l’explication scientifique de la manière d’y arriver: devenir éleveur de vers de terre et développer le mycélium. Fini la grolinette ou autres absurdités tant vues chez ceux qui se réclament permaculteurs. Sans vous passer de la pommade, mais pour vous remercier, je ne dirais qu’une seule chose: la notion de permaculture existe depuis 1928 au Japon (à en croire internet), mais le véritable réalisateur effectif de cette permaculture, le premier qui a mis en lumière les fondamentaux pour y arriver (éleveur de vers de terre) c’est un dénommé Didier67 en 2016, avec son foin… Je vous conçois trop humble pour le dire publiquement, mais après mûre réflexion, je me dis qu’il est tant que vous endossiez le véritable costumes que vous méritez réellement: Inventeur de l’Econologie. il s’agit tout simplement de la forme révélée la plus parfaite de la permaculture…. permaculture base de l’éconologie.
    Pour tout cela Didier, je vous remercie, et au nom de l’humanité, je vous remercie doublement.
    Signé un homme qui a enfin les réponses à ses questions.

  6. Bonjours didier. Adepte depuis toujours du jardin plus que naturelle . Je n’est jamais traitée quoi que se soit .le desherbage tres peu pour moi .je partage mon jardin avec les  » mauvaises herbes » du coup j’ élève au passage de manifiques papillions avec le plantain et je suis ravi de voir se nourrir les chardonnerais sur les quelque chardons que je leurs laissent .le nettoyage de mes animaux ( chevres lapins ) directe au jardin sans passer par le composte , et tous l’ été les tontes de gazons par dessus .je n’ ai jamais retourner mon sol .( de toutes façon jaurais pas la force ) Je passe sur les remarques de mes voisins a l’ anciennes , à 5h du mat en train de desherber un jardin deja nickel d un sol retourner jusqu’ au jurasic et traiter a à peut pres tous au cas où … je les ai bien souvent  » battu » avec de plus  » beau « legumes .
    Et cette été j ‘ ai decouvert vos vidéos , une révélation pour moi . Enfin des explication scientifique sur se que fessait dans mon jardin sans le savoir. Alors cette année je fait les choses bien . 20 bon cm de foin partout au jardin . J’ ai quand même gardée le fumier des animaux pour les artichauds et les rhubarbes.
    Me restes la serres ? Encore en services , je mange encore tomates , poivrons et salades .
    Foin aussi ? Il me reste encore une bonne couche de gazon de l’ été . Faut il arroser pour plaquer le foin ? En hivers la serre se vide .la terre seche et attend le printemps ….

    Remarque personnelle , je paille mes fraisier avec de la fougere des bois broyé , un paradis pour vers de terres.

  7. Bonsoir,
    Merci pour tous ces commentaires…je découvre et confirme ce que je pratiquais plus ou moins bien, donc cela va m’aider.
    J’attends avec impatience la réponse au commentaire de Stéphanie du 16/11 pour sa serre. J’en ai une moi aussi et encore des tomates mais c’est vrai, les autres années elle reste vide et la terre sèche.
    Je vais donc m’atteler à étendre du foin partout. Un petit espoir pour étouffer le trèfle qui envahit mon jardin depuis 3 ans.
    Merci,
    Fatima

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *