L’exemple Allemand?

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L’Allemagne est-elle si verte que cela ?

Au dernier classement de la Commission sur la mise en œuvre et le contrôle de l’application du droit communautaire de l’environnement pour l’année 2003, l’Allemagne se situait dans la moyenne et arrivait 7ème sur 15. La France étant bonne dernière. Ni cancre, ni premier de la classe, l’Allemagne doit pallier les difficultés liées à la structure fédérale du pays tout en compensant certaines lacunes et retards par d’autres avancées environnementales.

La réponse du ministère de l’environnement aux dernières mises en garde de la Commission européenne a été rapide. D’une part, le ministère a défendu son action en rétorquant qu’il avait mis les bouchées doubles pour combler le « retard chronique » de l’Allemagne, d’autre part, en soulevant la difficile question du partage des compétences entre le gouvernement et les Länder (Régions). De fait, le gouvernement fédéral ne possède pas toutes les compétences légales lui permettant de faire appliquer la même loi pour l’ensemble du pays, certaines législations relevant de la compétence des Länder. « L’organisation fédérale du pays complique la prise de décision et l’application du droit environnemental. Pour des pays comme la France ou la Pologne qui sont organisés de manière centralisée, il est beaucoup plus facile de faire appliquer les lois dans tout le pays. En Allemagne, il faut passer par un processus qui signifie souvent que les projets de loi envisagés par le gouvernement se trouvent une fois les négociations finies affadis », résume Rüdiger Rosenthal, porte-parole du Bund, la plus grande association environnementale d’Allemagne.

Une organisation fédérale gênante

C’est ainsi que l’Allemagne s’est fait épinglée sur le projet d’agrandissement de l’aéroport de Francfort, projet mis en place par le gouvernement du Land de Hesse. Il prévoyait en effet la création d’une nouvelle piste d’atterrissage passant juste au-dessus d’un site industriel chimique…La Commission avait également signifié son exaspération quant à l’application de la directive sur les réserves naturelles. En 2004, quatre Länder, le Brandebourg, la Rhénanie-Palatinat, la Sarre et la Saxe-Anhalt, n’avaient toujours pas transposé la directive dont l’échéance avait été fixé en…1994.

Mais pour Rüdiger Rosenthal, le principal problème de cette organisation politique réside dans la primauté des intérêts privés sur l’intérêt commun : « Prenons l’exemple de la politique des transports. Les Länder soumettent au gouvernement fédéral une liste de projets qu’ils souhaitent voir se réaliser. Or, la clientèle locale, comme les entreprises de construction, font pression sur les Länder et vont influencer l’élaboration de cette liste, et ce, d’une manière plutôt négative pour l’environnement, comme on peut se l’imaginer ».

L’Allemagne dans la moyenne

Si l’Allemagne ne brille pas autant qu’on pourrait le penser en matière d’environnement, elle n’est pas dernière de la classe européenne. Le dernier rapport de la Commission montre, qu’à la fin de l’année 2003, l’Allemagne n’avait toujours pas transposé 20 directives ce qui la met au niveau des Pays-Bas et de la Belgique, la France arrivant en bout de classement avec 38 cas de non transposition. Le prix d’excellence revient au Danemark avec 7 cas seulement de directives non transposées.

Dans son classement environnemental des pays de l’OCDE (31 en tout), l’agence de notation socio-environnementale Oekom research situe également l’Allemagne dans la moyenne. La faible variété des espèces ainsi que la petite superficie d’espaces naturels protégés constituent, selon l’agence, le talon d’Achille environnemental du pays. Cette situation est toutefois compensée par la gestion « exemplaire » des ressources, se traduisant par une faible consommation d’énergie, un faible taux de déchets, et par conséquent un large taux de recyclage, ainsi qu’un faible taux d’émission de gaz – des chiffres qui se mesurent en fonction de la productivité économique du pays, précise Marnie Bammert, de l’agence munichoise.

L’agence note également que le pays a, en plus du ministère de l’environnement, une agence pour l’environnement, et a également institutionnalisé un conseil d’expert en environnement. De plus, en accord avec l’agenda 21 des Nations Unies, le pays favorise la participation des parties prenantes dans les prises de décision concernant la mise en place d’une politique de développement durable. Enfin, l’Allemagne a ancré les principes du développement durable dans sa constitution

Les effets secondaires de la déprime économique

L’automobile a longtemps occupé une place prépondérante en Allemagne ce qui contrastait avec la conscience écologique affichée dans le pays. Mais le reprise économique se refuse toujours à venir et Rüdiger Rosenthal observe un changement de comportement chez les consommateurs allemands : « Jusqu’à présent, la philosophie du plus gros, plus vite et plus luxueux a toujours primé en Allemagne, ce qui, d’un point écologique, est inacceptable bien sûr. Avec la situation économique actuelle, les consommateurs font attention à leurs consommation d’énergie. C’est la première fois d’ailleurs que l’on enregistre une baisse des dépenses de l’essence en Allemagne, les gens prenant plus volontiers le vélo ou les transports publiques »

Selon le militant écologiste, si l’importance des thèmes écologiques s’affaiblit au profit des thèmes économiques et sociaux, les consommateurs sont tout de même conscients du rapport entre leurs modes de vie et la problématique du changement climatique. « En dehors du contexte économique, ce lien permet une bien meilleure acceptation du changement de mode de consommation », veut croire Rüdiger Rosenthal.

Claire Stam

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