Le bacille Perfringens à l’origine du pétrole

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Le docteur Jean LAIGRET découvre l’origine du pétrole

L’Alger Républicain du 28 août 1947, texte reproduit intégralement. Pour lire l’article original, cliquez sur l’image.

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Le microbe A 5029 provoquant la fermentation d’acides gras produit du pétrole.

Sous la plume de M. André Cohen-Hadria, notre confrère la Presse de Tunisie commente ainsi cette découverte dont les conséquences peuvent être immenses.

Nous savions qu’à l’Institut Pasteur de Tunis sont réunis des savants dont les travaux ont toujours abouti à des découvertes d’intérêt mondial.

Nous savions aussi que ces savants pasteuriens éminents et par surcroit disciples et collaborateurs du grand Charles Nicolle, animés par le même souci de « trouver », poursuivaient des recherches dans les domaines scientifiques les plus divers.

Il y a quinze jours, le professeur Georges Bertrand, membre de l’Académie des Sciences, a présenté à ses confrères une note du docteur Jean Laigret, de l’Institut Pasteur de Tunis.

Cette note rendait compte de certains travaux qui ont amené la découverte d’un microbe très particulier, un microbe du sol, qui a la propriété – jusqu’ici inconnue – de transformer des matières organiques en hydrocarbures.

Les expériences qu’a entreprises le docteur Jean Laigret se sont poursuivies, pendant deux ans, et n’ont abouti qu’à produire le carbure le plus simple, le gaz de méthane.

Le résultat obtenu bouleversait cependant toutes les théories sur l’origine du méthane que l’on croyait jusque-là dû à la décomposition de la cellulose des végétaux. Il fallait, en outre, à la nature, ajoutait-on, toute une série d’interventions microbiennes plus ou moins complexes pour réaliser cette transformation de la cellulose en gaz.

Les travaux du docteur Laigret ont montré au contraire que la cellulose n’était pour rien dans la production du méthane et qu’il s’agissait bien plutôt d’une véritable fermentation de ce que nous appelons des acides gras. Chose importante, un seul microbe, en culture pure, est capable de produire une fermentation méthanique. C’est le bacille perfringens souche A 5029.

On arrive ainsi à produire au laboratoire des quantités considérables d’un gaz très bon combustible, ayant toutes les propriétés du gaz d’éclairage, avec en moins sa toxicité, puisque le méthane est absolument exempt d’oxyde de carbone.

C’est le 24 septembre 1945 que les résultats de ces travaux furent communiqués à l’Académie des Sciences.

On a découvert l’origine du pétrole

origines du pétrole

Les recherches en étaient là, lorsqu’une série de déductions ont donné au docteur Laigret l’assurance que le même microbe produisait le pétrole. Là où l’on trouve du méthane, il peut ne pas y avoir de pétrole, mais chaque fois que l’on décèle du pétrole, on constate à proximité la présence du méthane.

Notre savant entreprit alors de nouvelles expériences, dans les mêmes conditions, avec le même microbe, mais conduites vers un acide gras supérieur, vers l’acide oléique le plus important de toutes les matières grasses végétales et animales.

Le docteur Laigret utilisa alors tout simplement comme matière première, l’huile d’olive ou mieux le savon ordinaire préparé avec de l’huile d’olive.

Pourquoi le Dr Laigret a-t-il préféré le savon ? Parce que cette matière grasse est soluble, tandis que l’huile, non miscible à l’eau ne peut être facilement fermentée, par le microbe. Dans ces conditions, il ne s’est plus formé de méthane, mais on a vu apparaître à la surface des milieux fermentés un liquide non miscible à l’eau, assez foncé, presque noir, avec un reflet ambré.

Ce liquide s’est révélé combustible.

C’était le 13 juin dernier. Un mois après, le 13 juillet, dès que les expériences de laboratoire ont pu en produire une quantité suffisante, un prélèvement du liquide a été adressé au service des mines, où M. Jouin, ingénieur, chef du laboratoire, a bien voulu pratiquer l’analyse, épreuve pour laquelle il a la plus grande compétence, puisque c’est lui qui dirige toutes les analyses des recherches pétrolières. L’examen confirma les hypothèses du Dr Laigret : le liquide obtenu était un pétrole, avec tous les caractères du pétrole brut d’extraction.

Ce pétrole commence à fournir par distillation, des essences à partir d’une température de 163° avec un maximum de fraction passant vers 300°.

L’ensemble de ces caractéristiques a donc permis de classer le liquide dans la catégorie de ce que l’on appelle dans l’industrie des pétroles, un gaz-oil.

Les expériences ont été poursuivies, à l’institut Pasteur de Tunis dans cinq flacons différents qui ont donné les mêmes résultats et qui fonctionnent à l’heure actuelle « en continu » par addition quotidienne de savon.

Un gramme de savon fournit régulièrement 1 cm3 de pétrole, environ, par jour.

Le mystère est éclairci

Le Dr Laigret par ses expériences a donc fait franchir un pas considérable à la science : il a éclairci le mystère de l’origine du pétrole. Jusqu’à présent, de toutes les hypothèses émises sur la formation du pétrole dans le sol, aucune ne s’était montrée satisfaisante et surtout aucune n’avait été l’objet d’une ébauche de confirmation expérimentale.

Il se trouve donc démontré que le pétrole est le produit d’une fermentation microbienne. De même que certains microbes, les levures par exemple, font l’alcool, ou le ferment acétique le vinaigre, il y a un microbe, le ferment du pétrole qui transforme les matières grasses en hydrocarbures.

Cette transformation a été réalisée et continue à l’être en laboratoire.

Chose étonnante – et là réside un des intérêts de la découverte – la fermentation génératrice de pétrole est rapide, aussi rapide que celle qui produit l’alcool : une fois engagée au bout de quelques jours la fermentation du savon fournit en 24 heures et régulièrement, la quantité de pétrole brut correspondant au savon introduit dans la cuve.

Il est capital de faire remarquer d’ailleurs que les travaux du Dr Laigret n’ont aucun rapport avec la production de pétrole synthétique en Allemagne. Les Allemands, eux, partaient de l’oxyde de carbone, croyons-nous savoir, pour obtenir par réactions chimiques des hydro-carbures.

La portée de cette découverte

Les conséquences de la découverte du docteur Laigret sont doubles ; elles sont, d’une part, doctrinales et d’autre part, pratiques. Du point de vue doctrinal, les travaux du Dr Laigret sont une conséquence lointaine mais directe des découvertes de Pasteur.

C’est une nouvelle page qui s’ajoute à l’œuvre du Grand savant français sur le rôle des microbes dans les fermentations.

On était, certes, loin de prévoir que les pétroles entreraient un jour dans la catégorie des produits naturels résultant de la fermentation bactérienne.

Sur le plan pratique, c’est-à-dire économique, la découverte s’annonce comme susceptible, tôt ou tard, d’applications dont l’intérêt national n’échappera à personne. C’est pourquoi le Dr Laigret, lorsque nous sommes allés le déranger dans son cabinet de l’institut Pasteur, s’est montré très discret sur de nombreux points de son expérience.

On peut indiquer, cependant, que ses travaux, après quelques mises au point nécessaires, faciliteront, au premier chef, la prospection pétrolière. Il est évident que les sondages rapportant des échantillons de terres où le microbe du pétrole ne peut être mis en évidence seront des sondages quasi-infructueux : de même les terres qui se révéleront contenir des substances chimiques – et en particulier des sels – qui s’opposent à la fermentation génératrice de pétrole.

La grande question sera surtout de produire, en quantité industrielle, le pétrole de fermentation. Mais cette production à grande échelle est fonction des disponibilités en matières grasses végétales ou animales.

Il s’agira alors de trouver des matières grasses, au meilleur prix possible, et, autant que faire se peut, des matières grasses qui n’entrent pas dans le ravitaillement des populations déjà sévèrement mises à contribution.

A ce propos , le décret interdisant en Tunisie la culture du soja sera-t-il rapporté pour permettre l’extension de la nouvelle industrie en Tunisie ?

De nouveaux travaux seront, certes, nécessaires avant que l’on songe aux applications pratiques, à grande échelle, de la découverte du docteur Laigret. Il s’agira donc de provoquer une collaboration étroite entre chimistes et bactériologistes qui engendreront une industrie du pétrole de fermentation.

Finies alors les intrigues entre nations pour tenir les puits d’or noir. Des nations défavorisées, par la nature, pourront produire elles-mêmes leur pétrole. Et l’on comprend tout l’intérêt qu’offre pour la France la découverte que nous devons aujourd’hui au docteur Jean Laigret, de l’institut Pasteur de Tunis. A. C.

En savoir plus:

– Un article de S&V de 1949: Biomasse et pétrole de synthèse, travaux de Laigret
– Présentation du Projet Laigret
– Sujet sur les forums: du pétrole renouvelable et vert par Laigret
Documentations sur le pétrole Laigret

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